« Le château de Rambouillet, vieille bâtisse austère, en dépit d’un passé galant, et qui fut encore la résidence d’été des présidents de la IIIe République, sert aujourd’hui de retraite commode aux «sommets» qui se veulent discrets. Les grilles solides du parc sont de nature à dissuader les informateurs audacieux. Les journalistes ne recevront d’ailleurs d’informations, officielles ou officieuses, qu’à 50 kilomètres de là, au centre des conférences de l’avenue Kléber, à Paris… C’est-à-dire que le contenu véritable des entretiens ne sera distillé que petit à petit, et probablement après le départ [de MM. Gerald Ford, président des Etats-Unis; Helmut Schmidt , chancelier fédéral d’Allemagne; Harold Wilson, premier ministre du Royaume-Uni; et ses homologues japonais, Takeo Miki, et italien, Aldo Moro].

Quand le fond du débat est d’ordre monétaire, il ne peut guère en être autrement. La névrose monétaire de l’Occident [le flottement généralisé du cours des monnaies à la suite de l’abandon du dollar comme monnaie de référence en 1971] est à l’origine de la conférence. C’est à cause d’elle que M. Giscard d’Estaing [alors président de la République] en a pris l’initiative au mois de juillet. «Ce que le monde appelle crise du capitalisme est en réalité une crise monétaire», dit-il. Et bien que, depuis lors, tout un habillage diplomatique ait fait du conclave de Rambouillet une conférence économique, énergétique et même du développement […], le chapitre monétaire de l’agenda est le plus significatif et le sera le plus brûlant.

[…] Certes, ce n’est pas un sommet comme les autres, en ce sens qu’il ne s’agit pas d’y consacrer, devant les opinions publiques, le résultat de décisions déjà pratiquement acquises par le travail des ministères et des chancelleries. Dans l’esprit même de M. Giscard d’Estaing, il s’agit d’un travail de réflexion, de la recherche d’un rapprochement sur des points essentiels, et par-delà les considérations purement techniques des experts. Un séminaire d’hommes d’Etat? Pourquoi pas?

[…] C’est une politique des «petits pas» que préconise aujour­d’hui la France. Et il n’est pas exclu qu’à cause de sa modération même, cette tactique raisonnable de «décrispation» monétaire trouve des adeptes. De toute façon, on sait bien à Paris qu’il ne faut pas attendre de décisions monétaires importantes de la part des Etats-Unis avant les élections américaines de 1976.

La Maison-Blanche avait accepté l’invitation à Rambouillet l’été dernier, à un moment où, économiquement et monétairement, l’Amérique se sentait à nouveau en situation de force. Les choses vont moins bien depuis lors. L’inflation reprend, et l’éventualité d’une faillite de la Ville de New York accentue le malaise de Wall Street. Aussi M. [Henry Kissinger, alors secrétaire d’Etat des Etats-Unis], qui sera présent à Rambouillet, et qui n’y venait à l’origine qu’à contrecœur, s’est résolu à utiliser à plein les possibilités de la formule. Il propose de l’institutionnaliser, au niveau des ministres des Finances, il est vrai. Il s’agirait, somme toute, de faire de cette réunion périodique des grands pays industriels une sorte de directoire économique et monétaire du monde libéral, ne serait-ce que pour tenir la dragée haute au cartel des pétroliers arabes. […] »

« Il s’agirait de faire de cette réunion périodique des grands pays industriels une sorte de directoire économique et monétaire du monde libéral »

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