Éditorial

Sommet de rattrapage à Hanoï

ÉDITORIAL. Le dictateur nord-coréen Kim Jong-un et le président américain Donald Trump se retrouvent dès mercredi soir à Hanoï. Sans progrès tangibles, le spectaculaire réchauffement entre Washington et Pyongyang risque de faire long feu

Les gestes d’affection ne suffiront plus à épater la galerie. Le dictateur nord-coréen Kim Jong-un et le président américain Donald Trump se retrouvent dès mercredi soir à Hanoï au Vietnam pour un second tête-à-tête. Huit mois après leur rencontre historique à Singapour, il faudra cette fois des résultats concrets pour croire à cette «bromance» surjouée.

Sans progrès tangibles, le spectaculaire réchauffement entre Washington et Pyongyang, toujours techniquement en guerre depuis la fin du conflit de Corée en 1953, risque de faire long feu.

La première entrevue entre les deux leaders, qui se promettaient avant leur rapprochement le feu nucléaire, avait accouché d’une déclaration vague sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne. Une formule suffisamment floue pour que chacun puisse l’interpréter à sa guise. Washington attend un démantèlement du programme nucléaire nord-coréen, alors que Pyongyang attend notamment que la Corée du Sud renonce au parapluie atomique américain.

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Depuis Singapour, l’équation nord-coréenne n’a pas fondamentalement changé. Le régime des Kim n’apparaît pas davantage disposé à renoncer à ses armes nucléaires. Il s’est toutefois engagé à ne plus procéder à des essais nucléaires ou balistiques, une concession en trompe-l’œil puisque le programme atomique nord-coréen avait suffisamment progressé, au point de pouvoir menacer le territoire américain avec ses missiles.

Même si la parité stratégique avec la superpuissance américaine est hors d’atteinte, le leader nord-coréen est traité d’égal à égal par Donald Trump. A Singapour, ce dernier avait également consenti à suspendre les exercices militaires communs avec la Corée du Sud, perçus comme une préparation à l’invasion du Nord. Tout à sa vanité de prétendre résoudre un aussi vieux conflit en quelques flatteries, Donald Trump a lâché plusieurs atouts de son jeu, sans rien recevoir en retour, à part cette promesse de dénucléarisation sans le moindre calendrier.

S’il s’estime roulé dans la farine, quelle sera la réaction de l’imprévisible président américain? C’est tout le danger de ces négociations incertaines. En cas de rupture, elles peuvent déboucher sur une nouvelle escalade. Un processus diplomatique, même boiteux, reste préférable aux menaces nucléaires. La crête au-dessus de l’abîme est étroite.

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