Sommet Xi-Obama: la surprise climatique

Etats-Unis Le président chinois veut créer une bourse nationale du carbone

L’offensive, saluée par Obama, suscite de nouveaux espoirs

C’est peut-être un pas important en faveur d’un accord ambitieux sur le climat à Paris en décembre. En visite d’Etat à Washington, Xi Jinping a annoncé vendredi que la Chine allait créer un marché national du carbone à partir de 2017. Le plus grand de la planète. Le pays connaît déjà différentes bourses au carbone régionales, notamment à Pékin et dans la province du Guandong. Mais le président chinois compte appliquer le mécanisme à tout le pays. La Chine, plus grand pollueur mondial, est responsable de près de 30% des émissions globales de gaz à effet de serre. En comparaison, les Etats-Unis, second plus grand pollueur, n’en émettent que la moitié.

La mesure prônée par l’homme fort de Pékin est censée s’appliquer aux centrales électriques, aux aciéries, aux cimenteries et à la production de papier et de métaux non ferreux. Elle exclut le domaine des transports. Près de 10 000 entreprises sont concernées par ce marché du carbone qui représente quelque 4 milliards de tonnes d’émissions de CO2.

Ce n’est pas un hasard si le dirigeant chinois a choisi Washington pour diffuser la nouvelle. Au cours de leurs discussions, Barack Obama et Xi Jinping avaient conjointement pris des engagements importants en novembre 2014, à la surprise générale. Ils ont de nouveau insisté sur la nécessité de coopérer dans la perspective de la conférence sur le climat de Paris en décembre (COP21). Le président américain lui-même en a fait une priorité de la fin de son mandat, convaincu personnellement que l’inaction est moralement inacceptable. Récemment en Alaska pour constater l’impact du changement climatique, Barack Obama a tiré la sonnette d’alarme, relevant que la communauté internationale n’agissait pas assez vite.

Du côté chinois, l’intérêt d’une bourse nationale de carbone est clair. La nouvelle classe moyenne chinoise urbanisée qui a émergé après des années de forte croissance est remontée contre les graves problèmes de pollution que connaissent nombre de villes de Chine. Pour Xi Jinping, contenir ce mécontentement en montrant que le pouvoir agit sur le climat est un impératif. Car la pollution pourrait devenir un problème politique explosif. En menant l’offensive sur le marché du carbone, Xi Jinping affirme un peu plus la volonté de Pékin de jouer les premiers rôles en la matière. Les défis du changement climatique offrent d’ailleurs des opportunités économiques que Pékin voit d’un œil positif. Les Chinois ne sont pas devenus par hasard les plus grands investisseurs mondiaux dans le solaire.

La mise en place d’une bourse nationale du carbone ne sera toutefois pas facile. Les sceptiques s’interrogent sur la capacité de la Chine d’appliquer les conditions propres à une économie de marché nécessaires pour que le système d’échange de quotas d’émissions fonctionne. Ils craignent aussi que la corruption sape le système. En Europe, les difficultés rencontrées par le Système d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre (SEQE), en place depuis 2005, montrent l’ampleur du défi chinois. L’UE établissant trop de certificats de droit de polluer pour la période 2013-2020, le prix du carbone s’est effondré. L’incitation à vendre des droits de polluer a été fortement diminuée.

L’annonce de Xi Jinping à Washington ne manque en tout cas pas d’ironie. Six ans plus tôt, dans les premiers mois de la présidence Obama, le Congrès rejetait sèchement le projet visant à instaurer une bourse de carbone aux Etats-Unis. Accaparé par la crise financière et jugeant prioritaire la réforme du système de santé, le président démocrate n’avait pas mis l’énergie ni les moyens nécessaires pour donner une chance au projet de passer la rampe des climatosceptiques républicains. Depuis sa réélection en 2012 et son discours d’investiture en janvier 2013, Barack Obama a fait volte-face, investissant considérablement dans la question climatique. Contribuer à un succès de la conférence de Paris viendrait embellir son bilan à la Maison-Blanche. En ce sens, malgré les profonds désaccords entre Pékin et Washington, Xi Jinping apparaît comme un allié important de son homologue américain.

Jusqu’ici, Barack Obama a dû essuyer les invectives des républicains qui ne voient pas pourquoi l’Amérique devrait imposer à son économie des mesures climatiques alors que son principal concurrent, la Chine, ne fait rien. Aujourd’hui, cette excuse n’est plus valable. Cet obstructionnisme n’a pas empêché le locataire de la Maison-Blanche d’annoncer, voici quelque temps, un plan très ambitieux contraignant les centrales à charbon (responsables de plus d’un tiers de la production d’électricité) à réduire de 32% leurs émissions de CO2 d’ici à 2030.

Les problèmes du marché du carbone européen montrent que le plan de Pékin sera lui aussi un défi