L'Ukraine passe à l'Ouest. Le candidat de l'opposition, Viktor Iouchtchenko, présenté comme un réformateur pro-occidental, a remporté dimanche le second tour de l'élection présidentielle en Ukraine, selon deux sondages sortis des urnes.

Avec 58% des voix, M. Iouchtchenko devancerait largement son adversaire pro-Kremlin, le premier ministre sortant Viktor Ianoukovitch, selon un sondage réalisé auprès de 20 000 électeurs et financé par des fonds occidentaux. Un autre sondage donne aussi le même résultat mais avec un écart beaucoup plus étroit: 49,4% contre 45,9%.

Les Ukrainiens avaient le choix entre le premier ministre sortant – qui était manifestement le candidat du Kremlin – et un réformateur pro-occidental, lui même ancien chef du gouvernement, dans le cadre d'une élection qui laissait craindre un «troisième tour» dans la rue. Les partisans des «deux Viktor» se sont plaints d'irrégularités dès l'ouverture du scrutin.

Dans une ultime allocution samedi, le président Leonid Koutchma, qui ne se représentait pas, avait déclaré qu'il n'y aurait «pas de révolution», un avertissement clair à Iouchtchenko et ses partisans.

Certains envisageaient en effet un scénario de type serbe ou géorgien, deux pays où des élections truquées ont été suivies d'une révolte populaire qui a permis à l'opposition de renverser un pouvoir refusant de céder la place.

Viktor Iouchtchenko avait appelé à un grand rassemblement dimanche soir dans la capitale, Kiev, pour réaliser un «décompte des voix parallèles», laissant ainsi entendre qu'il s'attendait à des fraudes. Mais dans le camp adverse, on l'accusait de vouloir fomenter des troubles pour prendre le pouvoir.

Selon le camp Iouchtchenko, des partisans de Ianoukovitch ont voté deux fois en utilisant de fausses procurations. Du côté de Viktor Ianoukovitch, on évoquait des problèmes concernant les registres électoraux où des refus d'accepter des procurations.

L'Assemblée nationale ukrainienne avait décidé de ne pas autoriser les votes par correspondance et les procurations, mais M. Koutchma a refusé de signer cette loi.

Déjà, le premier tour le 31 octobre avait donné lieu à des irrégularités et des intimidations. Et il a fallu pas moins de dix jours à la Commission électorale pour annoncer la victoire relative de Viktor Iouchtchenko. Mais l'écart entre les deux candidats – tous les deux à 39% – est si faible qu'il était impossible de faire des pronostics en admettant que le scrutin soit régulier.

«Je suis certain qu'il y aura des falsifications, mais ce ne sera pas suffisant pour fausser les résultats définitifs de l'élection», a déclaré Viktor Iouchtchenko après avoir voté.

M. Iouchtchenko l'avait emporté dans la capitale et dans l'Ouest ukrainophone, tandis que M. Ianoukovitch avait obtenu de bons résultats dans l'Est russophone. Il s'était d'ailleurs engagé à faire du russe la deuxième langue officielle au cas où il l'emporterait. L'un souhaite l'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne, l'autre une union économique avec la Russie, le Kazakhstan et la Biélorussie.

Dans l'opposition, on craignait la poursuite de la dérive autoritaire du pouvoir constaté sous Leonid Koutchma au cas où son dauphin serait élu. Sans parler d'accusations graves concernant l'élimination d'un journaliste proche de l'opposition ou de l'empoisonnement supposé de Viktor Iouchtchenko lui-même. Celui-ci porte encore les stigmates sur son visage bouffi des suites de la mystérieuse maladie dont il a été victime il y a quelques semaines.