France

A la sortie de la messe, une catholique: «Les élections parleront!»

La tolérance des catholiques, autrefois plus élevée que celle du reste des Français envers les musulmans, est aujourd’hui en dessous de la moyenne, selon un sondage publié par «Le Monde». Reportage à l’église parisienne de Saint-François-Xavier, à l’occasion de l’Assomption

D’une éclatante beauté, Paris est vide en ce lundi de l’Assomption baigné de soleil et de bleu du ciel. L’église Saint-François-Xavier, dans le très comme il faut VIIe arrondissement, est au tiers pleine pour la seconde messe de la matinée, qui commence à 11h30. «Sachons prier pour la France face aux épreuves qu’elle traverse, en nous tournant vers la sainte vierge Marie, notre mère», demande le prêtre aux cheveux blancs, qui officie dans cette paroisse pour l’avant-dernière fois, informera-t-il plus tard. Ces propos liminaires et ceux, prononcés au terme du service religieux, invitant l’assistance à aller saluer les trois policiers qui patrouillent à proximité et «assurent notre protection», seront les seuls en lien avec les attentats qui frappent le pays depuis janvier 2015 – mars 2012 si l’on inclut les assassinats perpétrés par Mohamed Merah.

Pour les catholiques, l’égorgement du père Jacques Hamel, le 26 juillet à Saint-Etienne-du-Rouvray, en Normandie, durant un office, représente un acte symbolique particulièrement grave. Bien difficile, désormais, de se rendre à la messe l’esprit serein. «Ce matin, j’ai pensé à ce qui était arrivé, mais ça ne m’a pas empêchée de venir», affirme Simone, en tailleur-pantalon marron foncé, qui fait front. Suivant la proposition du prêtre, elle est allée serrer la main des policiers patrouilleurs, armés de pistolets-mitrailleurs et recouverts d’un gilet pare-balles. Avec son mari Peter, d’origine allemande, protestant, pantalon crème, blazer bleu pétrole, elle a vécu quarante ans au Maroc.

«Je travaillais dans les phosphates», raconte l’homme, d’un ton affable. Tous deux gardent un bon souvenir de ce passé, même si les Marocains, «dès qu’ils montent dans la société, ils se croient supérieurs, pour ainsi dire cousins du roi», a observé Simone. «J’en ai connu des bons comme des mauvais, comme ici», philosophe Peter, à propos des musulmans. Son épouse ne dit pas autre chose: «J’ai moi-même rencontré une musulmane très bien, qui m’a confié souffrir de l’attitude provocatrice de certains musulmans.» Les polémiques suscitées par le port de burkini sur la Côte d’Azur et en Corse, du nom de ce maillot de bain «pudique» proposé aux musulmanes, couvrant l’intégralité du corps, excepté le visage, n’ont pas échappé à Peter et Simone. Un vêtement provocateur, selon eux.

Aucun des fidèles interrogés hier à la sortie de la messe n’avait pris connaissance d’un sondage préoccupant réalisé par l’institut IFOP pour Le Monde daté de dimanche-lundi. Mais certains se reconnaissaient dans le titre choisit par le quotidien français: «La défiance des catholiques envers l’islam.» On les pensait à jamais plus compréhensifs que les non-croyants envers les musulmans, quelque part frères dans la foi en Dieu. Or, il faut apparemment en convenir: «Selon l’IFOP, les pratiquants [catholiques] sont désormais moins tolérants […] que le reste des Français.» Certes réalisé dès le lendemain de l’assassinat du père Hamel revendiqué par l’Etat islamique, ce sondage bouscule les déclarations du pape, le 31 juillet à Cracovie, en Pologne. François y semblait mettre sur un même pied la «violence islamique» et «la violence catholique», quand l’actualité jette la lumière surtout sur la première.

Retour de bâton, si l’on en croit les résultats du sondage commandé par Le Monde. Alors que, en 2012, 54% des catholiques pratiquants étaient opposés au «port du voile ou du foulard dans les écoles publiques», ils sont aujourd’hui 67%. Soit quatre points de plus que l’ensemble des Français, 63%, cette proportion n’ayant pas varié depuis 2012. Le saut observé, indiquant un «décrochage» de l’image des musulmans auprès des catholiques pratiquants, est également spectaculaire à l’affirmation suivante: «La présence d’une communauté musulmane en France est plutôt une menace pour l’identité de notre pays.» Disent «oui»: 55% (47% en 2012), la progression n’étant que de trois points chez l’ensemble des Français, de 43% à 47%.

Faut-il alors croire cette femme, accompagnée de son grand fils à la messe célébrant la montée au ciel de la vierge Marie, elle et lui affichant une franche hostilité à ceux des musulmans qui «refusent de vivre à la française»? «Les élections parleront!», prédit la mère en quittant le parvis de l’église parisienne du VIIe arrondissement, laissant ici à penser qu’elle pourrait voter en faveur de Marine Le Pen, la probable candidate du Front national à la présidentielle de 2017. L’«union sacrée» avec les catholiques conservateurs, rêvée par une partie des musulmans au moment des débats houleux sur le mariage gay, semble se défaire et s’éloigner en même temps. Lors des défilés de la Manif pour tous, opposés, eux, aux unions et à l’adoption homoparentales, les cloches de Saint-François-Xavier, au passage des cortèges, sonnaient à pleine volée.

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