On le surnomme Andry TGV, et il est à quai… «Enfin, on peut respirer, après la prise du pouvoir par Andry Rajoelina. Le TGV est entré en gare, hier vers 21 heures 30, et fut salué par des ovations enthousiastes. Mais la fin du parcours fut particulièrement chaotique, si bien que le train a failli dérailler, puis fut aiguillé vers une voie sans issue avant d’être remis dans la bonne direction»: quotidien lancé en 2003 par des proches du parti de l’ancien président Didier Ratsiraka et dont rédaction en chef se définit «indépendante politiquement», La Gazette de la Grande Île file la métaphore ferroviaire.

La bonne issue? Selon l’éditorial des Nouvelles, dont la ligne se veut indépendante, «pour faire un raccourci direct et sans fard, la solution de cette crise est entre les mains de l’armée et non des politiques malgré tout ce qui a été dit. En témoigne «l’entente» […] pour donner les pleins pouvoirs à Andry Rajoelina. L’histoire imprimera dans ses pages la solution retenue, néanmoins, la majorité des Malgaches, de quelque bord qu’ils soient, aspirent depuis et toujours à une issue à moindres frais. La population et l’économie ont payé un lourd tribut depuis le début de cette crise, que les politiques et les militaires ne semblent apparemment pas comptabiliser. Serait-ce la bonne solution pour sortir de ce bourbier politique?»

«A Andry Rajoelina et à son entourage proche de prouver qu’après avoir utilisé une hétéroclite coalition d’intérêts politico-militaires, ils n’en sont pas déjà devenus otages»: la Madagascar Tribune reste, elle, sceptique, sur cette transition politique, après qu’elle a longtemps soutenu Marc Ravalomanana, le président destitué qui collectionne un chapelet d’erreurs: «Atteinte à la liberté d’expression par l’impossibilité pour les opposants d’accéder aux chaînes de l’audiovisuel public, mais aussi par la fermeture d’émissions ou de stations audiovisuelles. Atteinte aux valeurs nationalistes, en favorisant l’immixtion d’étrangers dans les sphères de décision économique et politique à Madagascar, allant même jusqu’à tenter de vendre 1,3 million d’hectares aux Sud-Coréens. Gabegie, en effectuant des dépenses faramineuses qui ne profitent pas au peuple, telles que l’Air Force One Number Two [le nouvel avion présidentiel].»

Mais encore? «Tous ces thèmes ont servi de ferment à la grogne, poursuit la Madagascar Tribune, et il a suffi qu’Andry Rajoelina les aligne peu à peu dans les discours. De plus, en temps de crise politique, l’objectif n’est pas de s’adresser à l’intellect des gens par des démonstrations savantes, mais de s’adresser à leurs émotions en leur racontant ce qu’ils veulent entendre, quitte à flirter avec les mensonges. Le coup de génie de l’ancien maire d’Antananarivo quand il a préparé sa crise est d’avoir mis en place un quatuor d’éditorialistes, bourrés de divers talents, dont tous ne sont cependant pas louables. Mais le fait est que ces éditorialistes ont réussi à galvaniser les foules, à maintenir la pression, à prêcher la bonne parole, proférer des menaces et autres imprécations pour orienter la vindicte populaire.»

«On ne gère pas un pays comme une entreprise, sauf peut-être à Madagascar. C’est ce que l’on reproche régulièrement au président de la République […]», rappelait récemment un chroniqueur de L’Express de Madagascar: «Ses qualités et habitudes de président-directeur général étaient devenues des défauts pour un président de la République. Le PDG pouvait décider en solitaire, le président vit sous le contrôle de millions d’électeurs. Le PDG était propriétaire, le président est un commis du suffrage universel. Le PDG pouvait inculquer une philosophie maison, le président ne peut obliger les commis de l’Etat à se conformer à son piétisme.»

A contrario, le plus fort soutien d’Andry Rajoelina, c’est Madagate.com, qui est «entièrement dédié à la cause du maire» et «s’évertue à expliquer cette «révolution orange» à la malgache». «L’analogie avec le mouvement ukrainien, explique Courrier international (qui consacre un important dossier au sujet) vise à accréditer la légitimité populaire de Rajoelina.» Le webzine écrit ce mercredi: «Suspense jusqu’au bout mais l’attirail du parfait petit sorcier ne lui a pas porté chance, ni le chiffre 7 dans 17 (mars 2009): Marc Ravalomanana, le petit laitier d’Imerikasinina, a été renié par ceux à qui il venait de remettre les pleins pouvoirs. Ils n’ont pas voulu vendre leur âme au diable. Les carottes sont cuites pour ce président qui a montré son véritable visage. A force de jouer avec le feu et les idoles, on se brûle. Ce fut vraiment le combat de la lumière et des ténèbres.» Un style qui exalte le rôle que la dimension religieuse a joué dans ce conflit, comme l’a très bien expliqué ce matin Fabien Hünenberger dans Juste Ciel sur RSR-La Première.

Quant au fameux Express de Madagascar, le journal bilingue français-malgache qui se veut distancié du pouvoir comme de l’opposition, son site internet est «temporarily busy» ce mercredi matin…