Sortir Hongkong de l’impasse

Chine Le chef de l’exécutif rouvre la porte à un dialogue difficile, mais nécessaire, pour trouver une issue à la crise politique

Analyse

Ils devraient finalement se parler, mais qu’auront-ils à se dire? Jeudi, CY Leung est revenu vers les étudiants. Une semaine plus tôt, le chef du gouvernement de Hong­kong avait maladroitement annulé une première rencontre. D’aucuns la voyaient comme un moyen de finir avec les honneurs le mouvement pro-démocratie qui paralyse une partie de la mégalopole depuis dix-neuf jours.

Réforme électorale reportée

Si aucune date n’est encore fixée pour ce dialogue, le sujet de discussion paraît déjà problématique. CY Leung se dit prêt à parler du mode d’élection, en 2017, du prochain gouverneur de l’ancienne colonie britannique. A condition que, comme Pékin l’a rappelé, le cadre fixé fin août par l’Assemblée populaire de Chine soit respecté. Or l’abandon de ce cadre figure en tête des revendications des manifestants, qui le jugent incompatible avec un véritable suffrage universel. On les comprend: l’Assemblée populaire s’est arrangée pour que les candidats, deux ou trois, mais pas plus, soient présélectionnés par un comité acquis à Pékin et non librement composé des représentants de la population.

Comment dès lors sortir Hong­kong de cette impasse? Totalement décrié, considéré comme une marionnette du gouvernement central, CY Leung a cependant abattu une nouvelle carte: une réelle réforme du mode électoral, mais pour 2022.

Dans le camp des pro-démocratie, beaucoup se sont empressés d’y lire une provocation. Hier soir, du haut de leur petit podium à Admiralty, les leaders du mouvement ont juste dit qu’ils étaient prêts à parler. Dans leur camp, certains, cependant, sont mieux disposés, et y voient une vraie chance de sortir de cette crise par le haut. Car il y a urgence.

Bien sûr, le mouvement des parapluies a démontré une impressionnante capacité de contrôle de soi. Comme on est loin ici de Kiev et des manifestants qui attaquent la police à coups de barres de fer! Néanmoins, la violence ne cesse de grandir. Du côté de la police d’abord, d’autant plus légitimée dans ce type d’acte que le gouvernement juge toujours qu’elle agit avec «retenue». Du côté des manifestants aussi: les affrontements de la nuit de mardi à mercredi laissent tout de même croire que leur attitude à l’égard de la police a été, à un certain moment, agressive. Urgence, enfin, du côté de la population. Il faut voir ces personnes qui s’en prennent toujours plus vivement aux barricades qui bloquent la circulation. Des personnes qui parfois ont soutenu le mouvement, mais qui souhaitent désormais reprendre leur vie normale, persuadées que Pékin a reçu le message, et qu’il n’y a plus rien à faire.

Eléments incontrôlables

Pour l’heure, seul un manifestant a été, certes méchamment, frappé par des policiers, et quelques représentants des forces de l’ordre ont été, légèrement, blessés. L’escalade de la violence fait cependant craindre que le pire finisse par se produire. En l’état, le dialogue qui s’amorce se présente comme la seule option pour l’éviter.

Les rues se videront-elles sitôt les discussions lancées? Sûrement pas, pour deux raisons. Parce que, d’une part, la police ne va probablement pas oser faire le ménage tout de suite, même si elle va continuer d’agir ici ou là, à la marge des grandes occupations. Et parce que, d’autre part, les jusqu’au-boutistes constituent une part importante des manifestants. Ils risquent d’ailleurs de poser un défi aux leaders d’un mouvement certes mené par les étudiants et les activistes d’Occupy Central, mais dont la spontanéité, par définition peu contrôlable, constitue aussi une des composantes essentielles.