Des drapeaux du Royaume-Uni décorent le Mall, la grande avenue menant à Buckingham Palace. Une pièce commémorative de 50 pence a été frappée. Et dans la soirée, Boris Johnson a promis une allocution «au coin du feu», pour marquer l’événement. Le premier ministre britannique a choisi une certaine retenue pour marquer la sortie officielle du Royaume-Uni de l’Union européenne ce vendredi. D’une part, il sait que son pays est très divisé sur la question et qu’il vaut mieux éviter le triomphalisme. D’autre part, il sait aussi que la route qui l’attend est longue. Reste que ce vendredi 31 janvier à minuit, heure suisse, est un moment historique: pour la première fois de l’histoire, un pays se retire de l’Union européenne.

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Un changement uniquement politique

Au matin du 1er février, le changement ne sera que politique. Les députés européens britanniques ont quitté leur siège. Le Royaume-Uni n’a plus de commissaire et le premier ministre britannique ne sera plus aux sommets européens à Bruxelles. La décision est légale: l’accord de retrait a été ratifié par la Chambre des communes et par le Parlement européen. Aucun retour en arrière n’est désormais possible.

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Dans les faits pourtant, rien ne va changer. Une période de transition de onze mois est prévue, s’achevant le 31 décembre 2020, pendant laquelle le Royaume-Uni reste membre du marché unique et de l’union douanière. Concrètement, il n’y aura pas de vérification des marchandises aux frontières, les touristes n’auront pas besoin de visa, les réglementations actuelles resteront en place. Il faut maintenant négocier l’accord de relations futures entre Londres et Bruxelles. Théoriquement, la date butoir peut être repoussée de deux ans, jusqu’à fin 2022, mais Boris Johnson a exclu cette option.

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Des négociations qui s’annoncent difficiles

Tout est sur la table: les relations commerciales entre l’UE et le Royaume-Uni, le partage des quotas de pêche, la reconnaissance des règles financières, la participation au programme d’échange d’étudiants Erasmus, celle à Europol, la reconnaissance mutuelle des diplômes, l’accueil des immigrés européens qui arriveront outre-Manche à partir de 2021…

Les brexiters les plus optimistes font valoir que ces dossiers relèvent souvent du simple bon sens. Chacun, par exemple, veut que le Royaume-Uni reste dans le programme Erasmus (en échange d’une participation financière). A priori, rien d’impossible. Mais les tensions politiques peuvent tout faire dérailler facilement, ou au moins faire traîner les décisions. L’objectif de Londres est d’obtenir un accord de libre-échange sans droits de douane ni quotas, qui est, d’après les Britanniques, dans l’intérêt économique de tous. Mais les plus pessimistes rappellent que jamais un accord de libre-échange aussi ambitieux n’a été conclu aussi rapidement.

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La question du dumping au cœur des débats

Au cœur du débat se trouve l’attitude du Royaume-Uni face à la tentation du dumping social, fiscal ou environnemental qu’il pourrait vouloir pratiquer. Plus le pays voudra se permettre une telle attitude, en jouant la carte d’une sorte de paradis fiscal aux portes de l’UE, moins les Européens seront prêts à lui accorder un accord de libre-échange intéressant.

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En échange de la suppression des droits de douane et des quotas, Bruxelles demande que les Britanniques s’engagent à conserver des règles «équitables» («level playing field», en anglais). Londres doit promettre de continuer à suivre les normes sociales ou environnementales européennes. Pas question non plus d’autoriser les aides d’Etat, pour éviter que le gouvernement britannique ne soutienne ouvertement ses entreprises, ce qui leur permettrait de casser les prix sur les marchés internationaux. De la résolution de cette question du dumping dépend le sort des négociations.