«La madame». C'est ainsi que les Palestiniens de la rue, qui ne l'aiment guère, ont surnommé l'épouse officielle du raïs, Souha Arafat, 41 ans. Fille d'un banquier palestinien et de la journaliste Raymonda Tawil, cette jeune femme née à Jérusalem en 1963 a été éduquée dans la religion catholique avant de poursuivre ses études à la Sorbonne. Dans le courant des années 1980, c'est sa mère qui l'a introduite dans l'entourage de Yasser Arafat alors leader de l'OLP en exil à Tunis. Journaliste indépendante, l'universitaire a d'abord été nommée attachée de presse de l'OLP avant d'être promue conseillère économique du chef palestinien. Une collaboration a priori étroite puisqu'elle s'est terminée par un mariage secret à Tunis.

A Ramallah, même si Souha s'est convertie à l'islam en l'honneur de son époux âgé de plus de 40 ans qu'elle, personne n'a jamais osé garantir que cette union fût uniquement motivée par l'amour. Certes, lorsqu'elle est interviewée sur sa relation avec le raïs, l'intéressée se déclare «comblée d'avoir épousé un mythe». Mais la plupart des responsables palestiniens ont constaté qu'à la Mouqataa, le quartier général du raïs à Ramallah, ou à Gaza-City lorsqu'ils pouvaient encore s'y rendre, les deux époux n'ont jamais partagé les mêmes appartements.

Au début de l'Intifada, Souha et Zahwa (la fille du couple âgée de 8 ans) se sont d'ailleurs installées à Paris. D'abord à Neuilly, puis sur un étage entier de l'Hôtel Le Bristol (19 chambres), un palace situé non loin du Faubourg Saint-Honoré.

Eloignée des préoccupations quotidiennes des Palestiniens auxquels elle rend rarement visite, Souha Arafat ne joue aucun rôle au sein de l'Autorité palestinienne. Mais ses déclarations tapageuses nuisent souvent à la cause qu'elle prétend défendre. En 1999, à l'occasion d'une réunion publique tenue en présence de Hillary Clinton, elle a ainsi accusé les Israéliens «d'empoisonner l'air et l'eau des Palestiniens» et de «provoquer des cancers». «Je les hais et je refuse de m'accommoder avec eux», a-t-elle également lâché un an plus tard.

En 2002, alors que les attentats-suicides se multipliaient en Israël et que le raïs condamnait «tous les actes terroristes visant des civils innocents», elle a répondu à la proclamation de son époux en déclarant à un quotidien saoudien basé à Londres que, si elle avait eu un fils, «il n'y aurait pas eu de plus grand honneur pour elle» que de le voir finir en chayid (martyr). Du pain bénit pour Ariel Sharon et pour ses porte-parole.

Cible d'une information judiciaire ouverte en octobre 2003 par le Parquet de Paris, l'épouse du raïs refuse de fournir des explications sur ses ressources. Surtout sur la provenance de la somme mensuelle de 100 000 dollars qui lui était jusqu'alors versée à partir d'un mystérieux compte anonyme suisse. «C'est un complot d'Ariel Sharon», affirme-t-elle. Mais les enquêteurs ont estimé ce flux à un peu plus de 9 millions d'euros et ils voudraient des explications un peu plus précises.