«Je regarde chaque Israélien individuellement dans les yeux et je lui dis: je n'ai jamais mis un seul shekel dans ma poche. Dans quelques semaines, vous verrez que tout cela va se dégonfler.» Manifestement ému, Ehoud Olmert a confirmé jeudi soir que l'homme d'affaires new-yorkais Morris Talansky avait alimenté sa caisse électorale pendant près de dix ans. Avec des dons en argent liquide qui n'ont jamais été comptabilisés nulle part.

Le premier ministre affirme cependant que ces versements sont «légaux» et il s'engage à démissionner s'il devait être inculpé au terme de l'enquête. Quant aux policiers de la cellule spéciale chargée de tirer cette affaire au clair, ils affirment que la mise en examen du chef du gouvernement est «inévitable». En raison des aveux de Morris Talansky, mais également parce que l'avocat Uri Messer, un ami et ancien associé d'Ehoud Olmert qui était chargé de récolter les enveloppes, est lui aussi passé aux aveux. Moyennant l'impunité judiciaire, ce vieux routier du Barreau pourrait d'ailleurs devenir «témoin protégé» de l'Etat à charge du premier ministre.

Tzipi Livni en bonne position

Ces révélations étalées en manchette de la presse israélienne ont plongé la classe politique dans une agitation frénétique, alors que se poursuivent les festivités célébrant le soixantième anniversaire de l'Etat hébreu. «Ses jours au pouvoir sont comptés», affirme le chroniqueur politique Raviv Drucker. «Au sein de Kadima (ndlr: le parti du premier ministre), la plupart des députés estiment que leur formation risque d'être rayée de la carte politique si Ehoud Olmert ne prend pas du champ. Les paris sont d'ailleurs ouverts au sujet de son successeur.»

Pour l'heure, le «faucon» Shaoul Mofaz et la ministre des Affaires étrangères, Tzipi Livni, sont les plus cités, avec un léger avantage pour cette dernière. Elle semble y croire puisqu'elle s'y prépare «sérieusement».

Quant aux autres formations de la coalition, elles gardent un silence embarrassé sur leurs intentions. Au nom du Parti travailliste, le ministre de la Défense, Ehoud Barak, a déjà prédit à plusieurs reprises que des élections anticipées auraient lieu «à la fin de l'année». Il affirme qu'il n'a pas changé d'avis, mais préfère «attendre la fin de l'enquête pour se prononcer sur la poursuite ou non de notre participation au gouvernement».

De leur côté, les ultra-orthodoxes du parti Shass, dont l'un des chefs de file vient par ailleurs d'être condamné à 3 ans de prison ferme pour corruption, se montrent encore plus énigmatiques. Ils jurent qu'ils «prient pour l'avenir du pays» et qu'ils se prononceront «le moment venu».

Emanant d'éditorialistes influents et de députés de l'opposition de droite, les appels à la démission d'Ehoud Olmert se sont en tout cas multipliés ces dernières heures. Dans la foulée, la Knesset examinera la semaine prochaine une proposition de loi de l'ex-ministre des Affaires étrangères Silvan Shalom visant à dissoudre l'Assemblée et à convoquer des élections législatives à l'automne.