L’incendie d’un singulier sous-marin nucléaire ultra-secret a causé lundi la mort de 14 officiers, dont sept militaires de haut rang et deux héros de Russie. L’accident s’est produit au large des côtes de la péninsule de Kola, dans la mer de Barents. Mais l’information n’a filtré que mardi. Vladimir Poutine a dépêché sur place le jour même son ministre de la Défense, Sergueï Choïgou. Mercredi, ce dernier annonçait qu’une partie de l’équipage a survécu (sans donner de chiffre), tandis que plusieurs sous-mariniers se seraient sacrifiés pour éteindre l’incendie.

Selon le quotidien Vedomosti, qui cite une source au Ministère de la défense, cinq membres de l’équipage ont échappé aux gaz mortels. Les survivants auraient ainsi pu ramener le vaisseau à son port d’attache, Severomorsk, une base militaire inaccessible au commun des mortels. Aucune fuite radioactive n’a été signalée.

Intercepter les télécommunication transcontinentales

La cause de l’incendie n’est pas connue pour l’instant. Ni le type de sous-marin concerné, du moins officiellement. Le Ministère de la défense lui donne simplement le nom générique «d’appareil autonome de grande profondeur» en mission «d’exploration scientifique en eaux profondes», dans les eaux territoriales russes au moment de l’incident. Soit moins de 22 kilomètres des côtes russes. Le fait qu’il ait mis quatre heures à rentrer à sa base (selon des sources officieuses) et que l’équipage soit composé de militaires de très haut rang inspire des doutes sur la version officielle.

Les experts, russes comme étrangers, sont formels: il s’agit du sous-marin nucléaire AS-12 dit «Locharik» (mot valise accolant «cheval» et «boule»). Boule, parce qu’il serait constitué, à l’intérieur d’une carapace à la silhouette traditionnelle de sphères de titane capables de résister à l’énorme pression des grandes profondeurs. Car le rôle de ce vaisseau militaire non armé de 70 mètres de long est d’intercepter les données circulant dans les câbles de télécommunications transcontinentaux reposant sur le fond des océans. Et, en cas de conflit, de les saboter.

Sixième accident mortel en vingt ans

Doté de bras articulés et de robots téléguidés et capable d’opérer jusqu’à 6000 mètres de profondeur, l’AS-12 est supposé être le plus furtif de toute la flotte russe. En revanche, il nécessite d’être remorqué par un sous-marin de gros gabarit pour les trajets sur de longues distances. Conçu en 1988, à la fin de la guerre froide, il n’a commencé à être utilisé qu’en 2003.

La tragédie pose de nouveau la question de la fiabilité des sous-marins russes, particulièrement nucléaires. Il s’agit du sixième accident mortel en vingt ans, avec un bilan total de 175 morts. Elle remet aussi en mémoire la catastrophe du sous-marin Koursk en 2000 et ses conséquences politiques. Cible d’attaques virulentes pour avoir tardé à se rendre sur place, puis à accepter une aide étrangère, Vladimir Poutine avait sombré dans les sondages au tout début de son premier mandat. Bilan: l’enterrement des sous-mariniers du Koursk coïncida avec la mise au pas des chaînes de télévision russes.