Les Etats-Unis, qui cherchent à renforcer tous azimuts leurs alliances face à la Chine, ont annoncé mercredi avec l'Australie et le Royaume-Uni un vaste partenariat de sécurité dans la zone indo-pacifique, qui pourrait malmener les ambitions françaises dans la région.

«La première grande initiative de (ce nouveau pacte appelé) "AUKUS" sera de livrer une flotte de sous-marins à propulsion nucléaire à l'Australie», a dit le premier ministre australien Scott Morrison, apparaissant en visioconférence, ainsi que le premier ministre britannique Boris Johnson, lors d'un événement présidé par Joe Biden à la Maison-Blanche. La Nouvelle-Zélande, qui interdit ses eaux à tout navire à propulsion nucléaire depuis 1985, a annoncé que les futurs sous-marins de son voisin et allié australien ne seraient pas les bienvenus chez elle.

«Le Royaume-Uni, l'Australie et les Etats-Unis vont être liés encore plus étroitement, ce qui reflète le degré de confiance entre nous et la profondeur de notre amitié», a déclaré Boris Johnson, qui engrange là un succès diplomatique certain dans sa stratégie pour éviter l'isolation internationale après le Brexit.

«Sur la base de notre histoire commune de démocraties maritimes, nous nous engageons dans une ambition commune pour soutenir l'Australie dans l'acquisition de sous-marins à propulsion nucléaire», selon un communiqué commun des trois partenaires, qui précise qu'il s'agit bien de propulsion, et non d'armement.

Un coup dur pour le partenariat français

A la suite de cette annonce spectaculaire, qui voit les Etats-Unis partager une technologie particulièrement sensible, l'Australie a annulé une gigantesque commande de sous-marins conventionnels à la France. 

Un accord-cadre conclu en 2016 par l'Australie de 90 milliards de dollars australiens (56 milliards d’euros), prévoyait la construction de 12 sous-marins à propulsion conventionnelle de classe Attack, conçus à partir des sous-marins nucléaires d'attaque français Barracuda. Le coût global du programme dont le français Naval Group a la charge s'élève à 50 milliards de dollars australiens.

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«La décision que nous avons prise de ne pas continuer avec les sous-marins de classe Attack et de prendre un autre chemin n’est pas un changement d’avis, c’est un changement de besoin», a déclaré Scott Morrison, qui a également annoncé l’achat de missiles américains Tomahawk.

Le groupe spécialisé dans la construction navale de défense a fait part mercredi de «sa grande déception» quand le gouvernement français a fustigé une «décision regrettable». «C’est une décision contraire à la lettre et à l’esprit de la coopération qui prévalait entre la France et l’Australie, a dénoncé le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué. Le choix américain qui conduit à écarter un allié et un partenaire européen comme la France d’un partenariat structurant avec l’Australie, au moment où nous faisons face à des défis sans précédent dans la région indo-pacifique (...) marque une absence de cohérence que la France ne peut que constater et regretter.»

Et il n'est pas sûr que Paris se console avec les propos conciliants de Joe Biden, qui a assuré mercredi que les Etats-Unis voulaient «travailler étroitement avec la France» dans cette zone très stratégique. Paris «est un partenaire clé» des Etats-Unis, a-t-il encore dit.

Washington mise sur les alliances

La Chine n'a été mentionnée mercredi ni dans les déclarations orales, ni dans le communiqué qui évoque la «paix et la stabilité dans la région indo-pacifique», mais il ne fait aucun doute que la nouvelle alliance vise d'abord à faire face aux ambitions régionales de Pékin.

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Joe Biden répète depuis son élection qu'il entend se confronter à la Chine, comme son prédécesseur Donald Trump, mais de manière très différente, sans s'enfermer dans un face-à-face.

Mercredi, il a ainsi dit vouloir «investir dans notre plus grande source de force, nos alliances» et vouloir «les mettre à jour pour mieux faire face aux menaces d'aujourd'hui et de demain.» Le président américain réunit d'ailleurs le 24 septembre à Washington les premiers ministres australien, indien et japonais pour relancer un format diplomatique, le «Quad», qui végétait depuis plusieurs années.