Un jour après que le président américain a annoncé qu’il était favorable au mariage homosexuel, l’Amérique s’interroge. Barack Obama a-t-il pris un risque inconsidéré à six mois de la présidentielle ou s’est-il rangé du bon côté de l’Histoire? Les milieux de gauche, homosexuels, et les organisations de défense des droits civiques y voient la preuve que le locataire de la Maison-Blanche est un visionnaire. C’est la première fois qu’un président américain se prononce en faveur d’une telle évolution sociale.

Barack Obama n’a pas toujours été acquis à la cause. Il a longtemps pensé que les unions civiles étaient suffisantes et ne souhaitait pas offusquer des sensibilités religieuses, considérant toujours le mariage comme une union entre un homme et une femme. Mais le fait d’en avoir discuté au sein de sa famille, au sein de son administration et avec des amis homosexuels lui a fait changer d’avis.

Les bars gays de New York ont d’emblée affiché la nouvelle. Un gestionnaire de fortune homosexuel n’en revient pas: «Le vent a tourné. Cela prouve à quel point les mentalités changent vite. Les hommes politiques n’ont plus peur. Avant ce n’était pas bien d’être pour (le mariage homosexuel), maintenant ce n’est pas bien d’être contre.» Le maire de New York Michael Bloomberg estime que la décision de Barack Obama aura des conséquences considérables: «Aucun président américain n’a soutenu une extension majeure des droits civiques qui n’ait pas été ultérieurement adoptée par le peuple américain. Et pour moi il ne fait aucun doute que le cas présent ne fera pas exception.»

Pari risqué

Politiquement, le président démocrate prend un risque, car dans des Etats cruciaux tels que l’Ohio, la Pennsylvanie, l’Iowa et la Virginie, l’opposition au mariage homosexuel est encore forte. Par ailleurs, la communauté afro-américaine y est toujours majoritairement opposée. Chez les Hispaniques catholiques, c’est très partagé. Au plan national, 47% des électeurs indécis (swing voters) sont favorables au mariage gay et 39% y sont opposés. Ce sera précisément le défi de Barack Obama. Mardi, les électeurs de Caroline du Nord ont approuvé un amendement interdisant le mariage gay à une large majorité. Or en 2008, le démocrate avait remporté cet Etat clé. A ce jour, 31 Etats ont une disposition similaire dans leur législation.

Par ce positionnement, Barack Obama marque un contraste encore plus net avec son très probable rival républicain Mitt Romney qui se dit toujours opposé au mariage homosexuel et à l’union civile. Cela peut lui coûter des voix parmi les électeurs les plus religieux. A contrario, il pourrait reconquérir le vote des jeunes, déçus par Obama, qui sont largement favorables à l’octroi des mêmes droits aux couples homosexuels. Dans un éditorial, le New York Times regrette toutefois que le président américain n’ait pas jugé nécessaire de limiter le pouvoir des Etats. Le quotidien rappelle qu’en 1967, la Cour suprême avait jugé illégale l’interdiction du mariage interracial, car «le mariage est l’un des droits civiques fondamentaux de l’homme».