C’est dans un climat très tendu que l’avocat de Jacob Zuma a plaidé lundi auprès de la Cour constitutionnelle, qui avait condamné l’ancien président à 15 mois de prison pour outrage. Les pillages ont connu au même moment une ampleur sans précédent. Plusieurs centres commerciaux ont été pillés à Soweto et dans un autre township de Johannesburg, ainsi qu’à Durban et Pietermaritzburg, les deux grandes villes du Kwazulu-Natal, la province d’origine de l’ex-chef d’Etat.

Les émeutes ont débuté vendredi, suite à l’arrestation de l’ancien chef d’Etat et à des appels à la mobilisation relayés sur les médias sociaux sous le slogan «Free Jacob Zuma», en référence à la campagne «Free Nelson Mandela» menée quatre décennies plus tôt. Ce jour-là, une trentaine de camions ont été brûlés sur un péage d’autoroute, proche de la prison où Jacob Zuma purge sa peine. Depuis, une portion importante de l’autoroute qui relie Johannesburg à Durban – et par où transitent les minerais d’Afrique australe – est fermée. «Il faut que cela cesse, a plaidé lundi Gavin Kelly, le président de l’association des transporteurs routiers. Si la police ne peut pas garantir la sécurité de nos camions, nos clients passeront par d’autres pays.»

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Les opérateurs privés ont critiqué la passivité de la police, qui n’a pris aucune mesure préventive. Des foules armées de bâtons ont ainsi pu déferler dans les rues de Johannesburg et Durban, pillant des magasins et détruisant des voitures. Des équipes de télévision ont aussi été attaquées. La police a arrêté plus de 250 émeutiers et au moins 7 personnes ont été tuées, dont un garde de sécurité et un enfant, dans des circonstances peu claires. «On n’a jamais assisté à une vague de pillages aussi intense», déplore Gareth Newham, de l’Institut pour les études de sécurité à Pretoria.

«Mobilisation sur base ethnique»

Lundi en fin de matinée, le président Cyril Ramaphosa a finalement fait appel à l’armée. La veille, il avait condamné la «mobilisation sur base ethnique» (des Zoulous, l’ethnie de son prédécesseur) et les «criminels qui ont pris avantage» de la situation: «Même si certains sont meurtris et en colère, il n’y a aucune justification pour commettre de telles violences et actes de destruction.» Les proches de Jacob Zuma se sont, eux, gardés de condamner les violences: «La Fondation [Jacob Zuma, ndlr] a noté la réaction de colère juste du peuple sud-africain, que d’autres ont qualifiée de violence. Lorsqu’on les interroge, les gens disent qu’ils réagissent à l’incarcération sans procès du président Zuma.»

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Pour le politologue David Silke, «Ramaphosa risque d’être mis sous pression au sein de l’ANC s’il ne parvient pas à mettre fin aux pillages. Depuis qu’il a succédé à Zuma en 2019, il a réussi à asseoir son pouvoir au sein du parti, mais il reste vulnérable. Ces derniers jours, il n’est pas apparu à la hauteur des événements. Les partisans de Zuma, qui espèrent le renverser lors du congrès de 2022, ont exploité le désespoir d’une partie de la population qui vit dans une extrême pauvreté. Alors que la troisième vague de covid fait des ravages, il a suffi d’une étincelle pour mettre le feu aux poudres.»

David Silke ne pense toutefois pas que la Cour constitutionnelle doive alléger la condamnation de l’ancien président: «Elle a eu raison d’envoyer un signal très fort à ceux qui refusent de coopérer avec la commission d’enquête sur les fonds détournés par la corruption pendant la présidence de Zuma [estimés à 3,6 milliards de francs, ndlr]. Ce dernier essaie de pousser pour un pardon, mais la cour doit rester ferme.»

Circonstances atténuantes

Lundi, l’avocat de Zuma, Dali Mpofu, a expliqué que son client avait été injustement condamné sans procès, sans droit de faire appel et sans bénéficier de circonstances atténuantes liées à son grand âge – 79 ans – et sa santé, l’ex-président n’étant pas vacciné contre le covid et souffrant de comorbidités. Selon lui, Zuma a été traité de manière injuste: l’ancien président du régime d’apartheid PW Botha – qui avait refusé de comparaître devant la commission d’enquête sur les violations des droits de l’homme pendant l’apartheid – n’avait écopé que d’un an de prison avec sursis pour le même délit d’«outrage à la cour». La plus haute instance judiciaire d’Afrique du Sud devrait se prononcer dans les jours à venir.