Les Etats-Unis s'embarquent dans une nouvelle attaque contre l'Irak. A leurs côtés, leur fidèle allié britannique. Face à l'ensemble de la communauté internationale qui, lorsqu'elle ne proteste pas, s'interroge sur le bien-fondé de cette démonstration de force, le premier ministre du Royaume-Uni soutient l'opération sans faille. Un barrage diplomatique bienvenu pour la Maison-Blanche. Moins d'un mois après l'entrée en fonctions de George W. Bush, le nouveau président américain dont on disait qu'il ne serait en rien l'équivalent de son prédécesseur pour Tony Blair, Londres et Washington opposent donc un cinglant démenti à la théorie d'un refroidissement de leurs relations. Vraiment?

Derrière les vérités officielles, les tensions sont perceptibles. Et l'épisode irakien pourrait paradoxalement avoir ajouté encore une note discordante à l'heure où Tony Blair s'apprête à traverser l'Atlantique et rencontrer pour la première fois George W. Bush et les ténors de son administration.

Inquiétudes du Labour

En effet, comme l'affirmait The Observer, il apparaît que Bush Jr n'aurait pas averti personnellement le locataire du 10, Downing Street par téléphone rouge de la frappe de vendredi soir. Une attitude contrastant avec la coutume suivie scrupuleusement par Bill Clinton. Au sein du Parti travailliste, plusieurs voix influentes s'inquiètent de l'attitude de l'administration républicaine. Clive Soley, chef du groupe parlementaire travailliste, met en garde Tony Blair face au risque à suivre aveuglément «un président américain inexpérimenté en matière d'affaires étrangères. Si Bush pousse trop loin, nous devons rester très prudents au sujet de notre propre politique.»

Selon plusieurs sources, les forces aériennes britanniques demandaient un resserrement de la stratégie militaire américaine en Irak. Les pilotes de Sa Majesté avaient de plus en plus l'impression de prendre des risques pour des opérations sans but précis. L'administration Bush les a comblés au-delà de leurs espérances.

Dès vendredi, Tony Blair et George W. Bush mettront les formes nécessaires pour que leur première rencontre sonne comme le début d'une relation durable, Londres étant particulièrement obsédé par le maintien de cette «relation spéciale» par ailleurs absente du vocabulaire à Washington.

Les points de tension n'ont pas changé. Les deux principaux ont aussi trait à la défense. S'il soutient le principe d'un bouclier antimissiles, Tony Blair pourrait demander aux Américains d'étendre le concept à l'Europe entière, voire à la Russie et à la Chine. D'autre part, la force européenne de réaction rapide, un élément clé de la politique européenne britannique, est toujours aussi suspecte aux yeux de la Maison-Blanche.