«C’était en été 2016. J’en étais à mon sixième voyage à sillonner l’Afrique australe avec mon compagnon, en mode camping, une tente sur le toit de notre 4x4 de location. Cette fois, ma sœur et son ami étaient aussi de la partie. Le cri des hyènes la nuit, les éléphants qui nous barrent la route, les lions qui se prélassent dans les herbes hautes, les traces de léopard retrouvées autour du véhicule au petit matin… Fascinée depuis toujours par la faune sauvage, j’ai eu un gros coup de foudre pour le Botswana et ce voyage m’a une nouvelle fois apporté son lot de moments intenses et inoubliables.

Déjà une bonne semaine que nous étions en route, boueux à souhait, à nous demander chaque jour si le barbecue du soir allait plutôt être de l’impala, du kudu ou du phacochère, et combien de fois nous nous enliserions encore dans des sables presque mouvants. Et puis est arrivé ce que je craignais: une journée «surprise» pour mon anniversaire. Je déteste les surprises. Cela m’angoisse, moi qui aime être dans le contrôle. Ce matin-là de juin, mon compagnon m’avertit, alors que nous sortions d’une réserve de rhinocéros, le soleil dans les yeux: «Aujourd’hui, je vais t’emmener dans un endroit qui devrait te plaire, tu verras.» Un indice, peut-être? Rien. Il va falloir que je patiente.

La tente est pliée, les pneus regonflés. Nous quittons le sable rouge du Khama Rhino Sanctuary, près de Serowe, et nous nous dirigeons vers ce qui me semble être le nord-est du pays. Toute la région, à proximité du delta de l’Okavango, est d’une beauté insolente. Après 150 kilomètres de route, à la hauteur de Mmatshumo, mon compagnon semble chercher un panneau du regard, une indication. Nous nous trouvons maintenant sur des pistes sablonneuses, à passer à travers des arbustes épineux secs qui griffent la jeep. Puis, une immense étendue blanche s’offre à nous: un désert de sel! Le sourire de mon homme me dit que c’était bien là qu’il voulait m’emmener: le Sowa Pan, en plein Parc national de Makgadikgadi.

Mais ce n’est que le début. Nous roulons encore quelques minutes, avec cet étrange sentiment: tout est blanc autour de nous, la réverbération du soleil est forte, et nous sommes seuls – enfin, à part quelques oryx et autruches –, sans moyen de nous repérer. Réseau indisponible, indiquent nos portables. Notre GPS nous fait des misères. ll paraît qu’il vaut mieux s’y aventurer avec un guide, ou du moins en convoi. Ah.

Par chance, une autre jeep finit par passer. On la suit. Puis, enfin, l’endroit recherché: des silhouettes dodues de baobabs apparaissent au loin. «Bienvenue à Kubu Island!» me lâche mon compagnon, cette fois rassuré d’arriver à bon port. Une languette rocheuse d’un kilomètre de long abritant une quarantaine de baobabs, au milieu du désert de sel. Magique. Ne reste plus qu’à choisir «notre» baobab, celui sous lequel on s’installera pour la nuit. A peine j’ai le dos tourné que ma sœur a déjà accroché des ballons dans notre campement de fortune et bricolé un gâteau d’anniversaire avec les moyens du bord. Finalement, je crois bien que je commence à apprécier les surprises…»

Retrouvez la chronique sur Sorata en Bolivie, du journaliste de la rubrique suisse du «Temps», Marc Guéniat