Depuis le début de la campagne électorale pour les élections législatives anticipées du 18 septembre prochain, les sondages montrent que le Parti social-démocrate (SPD) est en train de grignoter peu à peu son retard sur Angela Merkel, la leader de l'opposition CDU/CSU et la candidate à la succession du chancelier Gerhard Schröder. L'écart qui les séparait mi-juillet est passé de 20 à 13 points dans les intentions de vote des électeurs (41% pour la CDU/CSU et 28% pour le SPD).

Faux pas du CDU/CSU

Plusieurs raisons peuvent être avancées. L'estime des électeurs pour Gerhard Schröder a constamment augmenté à tel point que si les Allemands devaient choisir le chancelier au suffrage universel direct, Gerhard Schröder l'emporterait avec 46% des intentions de vote alors que Angela Merkel n'atteindrait que 37%. L'absence totale de charisme d'Angela Merkel lors de ses prestations médiatiques y est certainement pour beaucoup, même si ses conseillers en communication lui ont prescrit une nouvelle coupe de cheveux qui la rajeunit et de nouvelles tenues vestimentaires qui la féminisent et la rendent plus avenante.

Mais l'œil d'aigle, le sourire jovial, l'élégance hanséatique et son propos sûr et laconique avec toujours une pointe d'humour sarcastique donnent à Gerhard Schröder une prestance et un magistère face auxquels les efforts de son challenger – même mieux maquillée et plus en verve – font bien pâle figure.

Ces lacunes et quelques autres sont apparues au grand jour lors de la valse-hésitation auxquelles ont donné lieu les discussions préliminaires en vue de la préparation de duels télévisés programmés pour le début septembre. En refusant d'affronter le chancelier lors de deux duels comme le proposait Gerhard Schröder et en acceptant un seul débat pour le 4 septembre, Angela Merkel a eu l'air de reculer et d'être sur la défensive. Son mauvais prétexte d'un agenda trop chargé est passé pour une esquive maladroite et a fait sourire le tout-Berlin politique au même titre que l'opinion publique témoins de sa dérobade.

Il y eut ensuite de la part des leaders de l'opposition toute une série de faux pas à propos des habitants de l'ex-RDA qui ont irrité les électeurs de la CDU originaires de cette partie du pays. Ce réveil d'un antagonisme entre l'est et l'ouest ne peut qu'entraîner une grande perte d'influence et des dommages politiques considérables pour la CDU. Ce très probable déficit d'électeurs de l'est est d'autant plus catastrophique pour la CDU quand on sait que depuis la chute du Mur l'obtention d'une majorité de gouvernement au Bundestag s'est toujours acquise par le parti dominant en gagnant des sièges dans les circonscriptions des nouveaux Lander.

La répétition des propos désobligeants d'Edmund Stoiber, le ministre-président de Bavière et leader de la CSU, à l'égard de cet électorat apparait aussi pour beaucoup d'observateurs comme une manœuvre tactique pour se démarquer de la CDU et faire en quelque sorte le lit d'une défaite pour Angela Merkel si tel est son objectif stratégique non avoué.

«Grande coalition»

Dans cette hypothèse séparatiste et paradoxale, en réduisant les chances d'Angela Merkel, la CSU chercherait à se positionner pour l'après-scrutin dans une recomposition du jeu politique qui paraît désormais de plus en plus ouvert. Le SPD et la CDU étant alors en situation de devoir tenter de former ensemble une «grande coalition» comme c'est déjà le cas dans quatre Länder: Brême, Brandebourg, Saxe et Schleswig-Holstein ou bien comme ce fut le cas au niveau fédéral de 1966 à 1969 à l'époque du chancelier Kurt Georg Kiesinger. Beaucoup d'actuels ministres et pas des moindres – Otto Schily et Wolfgang Clement – du gouvernement rouge vert la souhaitent même si Gerhard Schröder comme Angela Merkel ont écarté publiquement l'éventualité d'une grande coalition noir rouge.