La présidence de la République fédérale d'Allemagne est un poste sans grands pouvoirs, mais les deux partis de la coalition de Berlin, CDU et SPD, sont prêts à en faire l'objet de leur prochaine démonstration de force. En annonçant jeudi sa candidature pour une nouvelle période de cinq ans, l'actuel titulaire, Horst Köhler, 65ans, a du même coup ouvert un nouveau conflit entre conservateurs et sociaux-démocrates qui pourrait s'aviver jusqu'à la date de l'élection, le 23 mai 2009. Contraint de montrer ses muscles à l'approche des élections législatives de l'automne 2009, le SPD envisage de lui opposer une nouvelle fois la candidature de Gesine Schwan, présidente de l'Université Viadrina à Francfort-sur-l'Oder.

«Bataille électorale»

«Il faut que la situation soit claire un an avant le vote, et personne ne doit craindre une bataille électorale démocratique», a expliqué le président Köhler pour justifier sa candidature. Car la majorité sur laquelle il peut compter n'est pas assurée aujourd'hui. C'est la première fois d'ailleurs qu'un président se lance pour un second mandat sans être certain d'être réélu.

L'Assemblée fédérale, composée de 1224 membres, envoyés pour moitié par le Bundestag et pour l'autre par les parlements des Länder, selon la représentation proportionnelle, élit le président. En raison de reculs électoraux dans les régions, les conservateurs, alliés aux libéraux, ne possèdent plus qu'une voix de majorité. Si la CSU recule en Bavière lors des élections de cet automne, la droite ne disposerait plus de la majorité absolue.

Il y a quelques semaines, personne ne doutait que Horst Köhler serait réélu sans problème. Cet homme de grande taille, élégant et réservé, peu brillant dans les discours, a su jusqu'ici très bien jouer le rôle d'autorité morale attribué à sa fonction. Même si les élus, de gauche comme de droite, n'apprécient guère le ton très personnel de ses interventions, non dénuées de critiques envers le milieu politique, sa popularité aurait dû mettre cet ancien président du FMI à l'abri de mauvaises surprises.

Ses récentes attaques contre les salaires des grands patrons ou les «monstres» créés par les marchés financiers, les échos de la sympathie suscitée dans les pays africains qu'il a beaucoup visités, avaient même convaincu jusqu'au président du groupe parlementaire du SPD. Il est vrai qu'il avait rendu un fier service à l'ancien chancelier Gerhard Schröder en acceptant la dissolution du Bundestag pour permettre de nouvelles élections.

De plus, sans le soutien de la gauche radicale, qui devrait disposer de quelque 90 voix dans l'Assemblée fédérale, une candidature de gauche serait vouée à l'échec. Mais négocier l'appui de Die Linke reste un tabou qui pourrait être fatal auprès de l'électorat modéré dans la campagne des législatives.

Candidature de compromis

Malgré les réticences des «éléphants», l'aile gauche a réussi à imposer l'idée d'une candidature propre au SPD. Ne proposer personne, ce serait un aveu de faiblesse, a argumenté la turbulente vice-présidente du parti, Andrea Nahles. Et le temps d'une femme est venu. «Le SPD a assez de confiance en lui-même pour présenter une candidature», a fini par admettre en début de semaine son président, Kurt Beck. Secrètement, la direction sociale-démocrate espérait une renonciation de Horst Köhler, qui aurait permis de se mettre d'accord sur une candidature de compromis avec la CDU. Car, malgré sa popularité, Horst Köhler reste le président mis en place par la stratégie d'Angela Merkel et du président des libéraux, Guido Westerwelle, en mai 2004. Brillante, très Européenne, parlant aussi bien le polonais que le français, Gesine Schwan n'avait alors échoué que de très peu.