Allemagne

Le SPD va négocier avec Angela Merkel

Allemagne Le Parti social-démocrate allemand a approuvé hier à une large majorité l’ouverture de négociations avec la CDU 
en vue de former un gouvernement de coalition

L’Allemagne s’est rapprochée jeudi de la sortie de crise. Les sociaux-démocrates ont en effet approuvé à une large majorité, lors d’un congrès extraordinaire à Berlin et à l’issue d’une journée d’intenses débats, le principe de l’ouverture de discussions avec le Parti chrétien-démocrate d’Angela Merkel en vue de former le prochain gouvernement.

La direction du SPD devrait ouvrir dès la semaine prochaine des «discussions préliminaires» avec la CDU. Un congrès réduit devrait approuver, sans doute le 15 décembre, l’ouverture de  «négociations» qui pourraient durer jusqu’en mars. L’Allemagne pourrait connaître son prochain gouvernement six mois après les élections, du jamais-vu dans le pays.

Thérapie collective

Le SPD s’est livré jeudi à une vaste séance de thérapie collective. Une gigantesque estrade rouge avait été installée pour la circonstance dans l’un des hangars du Centre des congrès de Berlin. Les délégués y ont défilé à un rythme soutenu, pendant près de sept heures, obligeant Manuela Schwesig, ancienne ministre de la Famille et membre du bureau politique du SPD qui animait la journée, à réduire à trois minutes par intervenant le temps de parole de cette inépuisable logorrhée.

Le Parti social-démocrate allemand est en crise. Laminé par les urnes,  sanctionné le 24 septembre par le pire score de son histoire après quatre ans de participation au dernier gouvernement d’Angela Merkel, le parti voulait se refaire une santé sur les bancs de l’opposition. A la veille du congrès, seuls 29% des sympathisants du SPD étaient prêts à former une nouvelle Grande Coalition avec la chancelière. 61% se disaient favorables au soutien au cas par cas d’un gouvernement minoritaire, qui réunirait la CDU et les Verts.

A deux reprises – le soir des urnes et le 19 novembre, après l’échec des négociations en vue de former un gouvernement «Jamaïque» entre la CDU, les Verts et les libéraux – le président du SPD Martin Schulz avait martelé son refus de négocier avec Angela Merkel. Il est désormais favorable à l’ouverture de discussions prudentes avec la CDU, toujours à la recherche d’un partenaire de coalition, afin de sortir l’Allemagne de la crise et d’éviter une nouvelle poussée du parti d’extrême droite AfD en cas de nouvelles élections.

Scepticisme des délégués

«On note un très grand scepticisme parmi les délégués envers la Grande Coalition, constate le politologue Uwe Jun, de l’Université de Trêves. Mais il aurait été difficile d’expliquer à l’opinion que le SPD refuse de participer au gouvernement. Les Allemands attendent des sociaux-démocrates qu’ils assument leurs responsabilités. C’est pourquoi la direction a décidé de se livrer à ce grand déballage au congrès de Berlin.

Le parti avait besoin de temps avant de se décider, d’autant que les lignes de front ne sont pas claires»: à Berlin, la base affronte la direction, les courants droite et gauche du parti s’opposent sur la ligne à tenir et le mouvement des jeunes – catégoriquement opposé à une nouvelle alliance avec Merkel – fait front contre la vieille garde.

Tous les profits à Merkel

Amina Yousa, 27 ans, déléguée de Hanovre, est catégorique: «Une Gro-Ko avec la CDU n’est pour nous pas une option.» Même position pour Thomas Bauske, 45 ans, délégué de Bavière. Chemise rose, visage poupin et ouvert, ce politicien communal refuse toute nouvelle participation à un gouvernement Merkel, «parce que, au final, elle seule tire profit du bon travail effectué ensemble». Le SPD avait imposé à une CDU réticente plusieurs réformes très appréciées des électeurs – le salaire minimum, un retour partiel à la retraite à 63 ans, les quotas féminins à la tête des entreprises ou l’encadrement des loyers – mais dans les urnes, seule la CDU en a profité.

Le SPD sera donc tenté de monnayer au prix fort sa participation au pouvoir. La direction a défini une liste de 11 thèmes «essentiels», notamment un rapprochement avec le président français Macron sur la politique européenne, un plan d’investissement dans l’éducation, l’instauration d’un impôt sur la fortune et la stabilisation du montant des retraites.

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