En hausse constante depuis l’instauration, en 1979, de l’élection du Parlement européen au suffrage universel, l’abstention tant redoutée pourrait être moins importante que prévu et ne pas dépasser les 54,6% de 2004. Même si les électeurs semblent avoir boudé les urnes dans certains pays, tels que la Grèce ou la Roumanie, le fait que des élections simultanées soient organisées dans pas mal d’autres membres de l’UE semblent les avoir convaincus de se déplacer. En Allemagne, premier pourvoyeur d’eurodéputés au parlement de Strasbourg, le taux de participation approcherait les 42,5%, soit juste en dessous des 43% de 2004.

Aucune tendance fiable à l’échelon de l’UE ne sera disponible avant 20h30. Mais toutes les enquêtes réalisées dans la journée, et agrégées aux résultats des pays ayant déjà voté – le scrutin s’étalait du 4 au 7 juin – laissent entendre un victoire des conservateurs, dont le principal groupe, le PPE chrétien-démocrate, arrivait déjà en tête au parlement de Strasbourg avec 288 élus. En Allemagne, la CDU de Mme Merkel obtiendrait près de 38% des voix, loin devant les 21,5% du SPD social-démocrate, son partenaire dans la coalition au pouvoir, mais rival aux prochaines élections législatives de septembre. En Bulgarie, le parti de droite Gerb du maire de Sofia Boïko Borissov, arriverait en tête avec 25% des voix, devançant les socialistes du premier ministre Serguei Stanichev, sur fond toutefois d’accusations de manipulations. Et tout laisse à penser que les conservateurs britanniques ont infligé jeudi une cuisante défaite au premier ministre Gordon Brown, qui a d’ailleurs reconnu par avance le verdict des urnes. Le score du Labour – le parti travailliste au pouvoir – lors des élections locales organisées simultanément est le plus mauvais depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

La Grèce, comme la Suède, figuraient parmi les rares pays où les socialistes étaient donnés favoris. Or la prédiction s’est confirmée à Athènes, où le Pasok obtiendrait jusqu’à 39% contre 31% à la Nouvelle Démocratie au pouvoir, lors d’un scrutin marqué par une très forte abstention. Les sociaux-démocrates, comme beaucoup d’observateurs le craignaient après la claque infligée aux travaillistes au Royaume Uni et aux Pays-Bas jeudi, connaitraient en revanche une rude défaite en Autriche où ils plafonneraient à moins de 24%. Le parti socialiste semble aussi mal parti en Belgique, y compris dans son bastion francophone. Le royaume, qui organisait simultanément des élections régionales, s’attend à de nouvelles crispations communautaires si, comme le prédisent les sondages, la droite dure renforce son camp en Flandre.

L’un des pays où le scrutin sera le plus décisif pour l’avenir de l’UE est l’Irlande. Le gouvernement du premier ministre Brian Cowen, qui a promis d’organiser un second référendum à l’automne après le rejet en juin 2008 du Traité de Lisbonne, y serait sévèrement battu par le parti d’opposition Fine Gael. La perçée du collectif noniste Libertas, qui a depuis donné naissance à un parti pan-européen eurosceptique, ne serait en revanche pas au rendez-vous. Son leader, l’homme d’affaires Declan Ganley, avait promis s’il sortait vainqueur des urnes, de tout faire pour stopper une éventuelle entrée en vigueur du texte déja approuvé dans vingt-six pays membres de l’UE et plus que jamais suspendu au bon vouloir des électeurs de son pays.