Le nombre de réfugiés fuyant les exactions des Serbes au Kosovo ainsi que les bombes de l'OTAN continue à gonfler. Au dernier pointage mercredi, le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) estimait à 130 000 les exilés depuis le déclenchement de la guerre. Ils se retrouvent surtout en Albanie (85 000), au Monténégro (25 000) et en Macédoine (14 500). Cet afflux porte à 600 000 les Kosovars chassés en un an, victimes de la guerre entre indépendantistes et forces serbes. Et, selon le HCR, il faudra compter avec quelque 160 000 ces prochains jours. Plus d'un millier de réfugiés sont arrivés à Vlora, dans le sud de l'Albanie, dans l'espoir de pouvoir rejoindre l'Italie, première étape vers d'autres destinations européennes.

Ces données angoissent l'Europe occidentale, qui y voit le spectre des milliers de réfugiés atterrir sur son territoire. Ainsi, trois réunions, la première demain à Bonn, la deuxième le 6 avril à Genève, et la troisième le lendemain à Bruxelles sont prévues pour trouver les moyens d'éviter un flux massif vers l'ouest.

«Action coordonnée»

Pour couronner le tout, une quatrième rencontre est souhaitée par le président français Jacques Chirac pour décider «la mise en place urgente d'une action coordonnée et de grande ampleur» d'aide aux réfugiés dans les pays de premier accueil. L'initiative française annoncée mercredi a fait sourciller les milieux humanitaires. «Peut-être l'ampleur du problème nécessite une multitude de réunions, déclare un fonctionnaire international, ironique. Par cette démarche, Paris fait savoir à qui veut l'entendre qu'elle n'est pas prête à accueillir des réfugiés kosovars.» En réalité, les portes de la France sont fermées aux réfugiés des Balkans depuis longtemps. Pour preuve, l'an dernier, elle a enregistré au total 22 400 demandes d'asile, dont 1300 kosovares. A titre de comparaison, la Suisse a accepté 41 000 demandes dont 20 400 kosovares. «Les Français ont l'art de confondre immigration et réfugiés», souligne le fonctionnaire.

Prend-on, à Berne, cet appel au sérieux, venant d'un Etat qui a toujours pris ses distances avec le principe d'un partage des réfugiés des Balkans? «Toute initiative est bienvenue», commente diplomatiquement l'Office fédéral des réfugiés (ODR). De tous les Etats d'Europe, la Suisse accueille le plus grand nombre de réfugiés des Balkans par habitant. A son initiative, des consultations intergouvernementales ont eu lieu les 22 et 23 mars à Berne. Tous les pays de l'Union européenne sauf la France étaient présents. L'intérêt pour un burden sharing – partage des réfugiés – était «très faible», devait constater, à l'issue de la rencontre, le chef de l'ODR JeanDaniel Gerber.

Dans ces discussions, la Suisse insiste toujours sur la lourde facture que l'asile représente déjà pour elle. Des Kosovars qui ont fui les Balkans l'an dernier, 25% sont venus s'installer en Suisse, et 35% en Allemagne. Les diplomates réunis il y a dix jours constataient, par recoupements de leurs informations, que la majorité des réfugiés du Kosovo chercheraient à gagner l'Allemagne ou la Suisse si rien n'était entrepris pour les en dissuader. Une aide internationale pourrait prévenir les flux. C'est du moins l'espoir du Conseil fédéral qui a débloqué une aide humanitaire conséquente (lire en page 9).

Même objectif de la réunion de Bonn demain où sont conviés également les huit pays voisins de la Yougoslavie, qui accueillent les réfugiés kosovars. Les ministres ne parleront pas de retour des déplacés comme cela devait être le cas. «Les conditions ne sont pas réunies, a expliqué le porte-parole du Ministère allemand des affaires étrangères. Mais ce sera l'occasion de tester la solidarité de pays européens vis-à-vis des pays qui reçoivent les réfugiés.» L'Allemagne n'a pas organisé cette rencontre par altruisme. Elle avait accueilli 350 000 réfugiés lors de la guerre en Bosnie, soit plus que tous les autres pays européens, et n'entend plus supporter seule un nouvel afflux. Désormais, elle veut que les pays qui ne veulent pas de réfugiés paient pour les autres.

«Si les pays européens veulent aider les réfugiés kosovars sur place, qu'ils aident les organisations humanitaires à faire leur travail», tonne Jacques Franquin, porte-parole du HCR. Il rappelle que les agences onusiennes ont demandé 328 millions de dollars pour 1999 mais n'ont obtenu que 31 millions à ce jour.

Collaboration: François Modoux