Bientôt de nouvelles élections législatives anticipées en Israël? Deux jours après le scrutin du 28 janvier, le premier ministre Ariel Sharon et son entourage n'en excluent pas la possibilité si les pourparlers en vue de la constitution d'un nouveau gouvernement devaient traîner en longueur et si l'homme fort de l'Etat hébreu en était finalement réduit à former un cabinet de droite minoritaire.

Malgré ses offres alléchantes, en effet, le premier ministre ne parvient pas à convaincre le leader travailliste Amram Mitzna et les barons de l'Avoda, son parti, de faire alliance avec lui au sein d'une nouvelle majorité d'«union nationale». Certes, les dirigeants travaillistes ne sont pas unanimes à ce propos et certains, tel l'ex-ministre des Affaires étrangères, Shimon Peres, cachent mal leur envie de retrouver un maroquin. Mais Peres semble isolé dans la mesure où Mitzna a persuadé les principaux ténors du parti de poursuivre sur la voie de l'opposition.

Dans la foulée, le patron des travaillistes a d'ailleurs rencontré Tomy Lapid, le leader du Shinouï, parti laïc de droite qui a effectué une percée spectaculaire au soir du scrutin de mardi, pour le persuader de former avec lui une «opposition de combat» à la politique du chef de file de la droite nationaliste. A-t-il réussi? Interviewé hier, Lapid, dont le cheval de bataille est la séparation de la synagogue et de l'Etat, a confirmé que sa formation n'entrerait pas automatiquement dans le gouvernement en cours de formation. Et qu'il poserait comme principale condition le retrait de tous les partis religieux, et surtout celui du Shass, pilier de toutes les coalitions depuis 1985. En revanche, Lapid a promis d'intégrer la majorité de Sharon sans condition au cas où le pays se trouverait en «situation d'urgence». C'est-à-dire lorsque les Etats-Unis déclencheront leur offensive sur l'Irak et qu'Israël se sentira menacé par les missiles de Bagdad.

Opérations de ratissage

Fort de son éclatante victoire électorale, Ariel Sharon a en tout cas rejeté hier l'offre faite par Yasser Arafat de le rencontrer. A Ramallah, l'Autorité palestinienne s'attendait évidemment à cette réponse, car dans l'entourage d'Arafat, personne ne se fait d'illusion sur l'avenir. «L'armée israélienne profitera sans doute des événements en Irak pour envahir la bande de Gaza comme elle l'a fait avec la Cisjordanie», a déclaré le ministre palestinien des Collectivités locales, Saeb Erekat. De leur côté, les Brigades des martyrs Al-Aqsa, la branche la plus extrémiste du Fatah, le parti d'Arafat, le Hamas, et le Djihad islamique ont appelé au renforcement de l'intifada ainsi que la reprise des attentats suicides «pour punir Israël de son vote». Ce qui explique sans doute la reprise des violences en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, où les

accrochages se sont multipliés depuis quarante-huit heures (deux morts,

17 blessés palestiniens) et où Tsahal a organisé plusieurs opérations de ratissage à grande échelle. Des unités blindées sont notamment intervenues dans les villes de Tulkarem et de Hébron.