Après avoir contesté le résultat des élections législatives et présidentielles qui se sont tenues dimanche, l'opposition de centre droite a demandé mardi l'annulation du scrutin. Selon Traian Basescu, maire de Bucarest et leader de la coalition d'opposition Justice et Vérité, le parti social-démocrate se serait attribué illégalement 5% des suffrages. Après avoir refusé d'annuler le scrutin, le bureau électoral central a transmis la plainte de l'opposition à la Cour constitutionnelle qui devrait donner son avis avant le second tour de l'élection présidentielle qui se tiendra le 12 décembre. Accusé de pousser la Roumanie dans un scénario à l'ukrainienne, Traian Basescu montre du doigt le parti du gouvernement. «Ce n'est pas une élection qui est en jeu mais la sauvegarde de la démocratie en Roumanie», a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse. «Ce que je demande, c'est que la loi soit respectée.»

La tension qui règne à Bucarest risque d'avoir des répercussions sur la candidature de la Roumanie à l'Union européenne. Pour pouvoir respecter le calendrier de son adhésion à l'UE en 2007, la Roumanie devrait fermer les deux derniers chapitres des négociations (concurrence et justice) avant la fin de l'année. Mardi, la commission des Affaires étrangères du Parlement européen a approuvé le rapport sur la Roumanie. Celui-ci recommande la clôture des négociations fin 2004 et la signature du traité d'adhésion début 2005 avant l'intégration effective, toujours prévue le 1er janvier 2007. Le Parlement de Strasbourg devrait approuver ce rapport en séance plénière le 14 décembre, deux jours après le second tour de l'élection présidentielle roumaine. Tout le problème est là: si les querelles politiques retardent la formation du nouveau gouvernement, le calendrier de l'adhésion risque d'être remis en question.

Les jours passant, le conflit entre le gouvernement social-démocrate et l'opposition de centre droite ressemble de plus en plus au modèle ukrainien. «L'UE doit intervenir pour vérifier le résultat des élections en Roumanie, a déclaré mardi le député européen Graham Watson. Sinon, les bannières orange que l'on voit dans les rues de Kiev se retrouveront à Bucarest.» Le député libéral-démocrate a demandé au président de la Commission européenne José Manuel Barroso d'intervenir afin de faire droit à la demande de l'opposition roumaine. «Il est encore trop tôt pour savoir qui va former le gouvernement, a répondu un porte-parole de la Commission. Nous avons aussi pris note des accusations portées par l'opposition que nous allons vérifier à la lumière du respect des critères politiques d'adhésion.» Hier soir, afin d'éviter un scénario à l'ukrainienne, le maire de Bucarest a annoncé son intention de rester dans la course électorale. «Si les institutions de l'Etat valident les élections, j'accepterai leur décision et participerai au second tour de l'élection présidentielle», a-t-il déclaré. Pour l'instant, la Roumanie semble refuser de suivre le modèle ukrainien.