«Mon objectif est de convaincre toutes les forces de la coalition de la Maison des Libertés à se fondre en un unique parti de la liberté.» Devant 5000 militants de Forza Italia, après quarante minutes de discours, Silvio Berlusconi commence à vaciller. Mais il poursuit: «C'est mon appel, c'est ce que je pense laisser en héritage.» La main gauche agrippée au pupitre, il ajoute, titubant: «Excusez-moi, l'émotion a pris le dessus.» Puis il s'écroule dans les bras de son médecin personnel et de ses gardes du corps.

Victime d'un malaise cardiaque, dimanche matin à Montecatini, Silvio Berlusconi, âgé de 70 ans, a repris connaissance au bout de quelques secondes. Dans la soirée, hospitalisé à Milan, l'ancien chef du gouvernement a lui-même indiqué: «Ils ont trouvé quelque chose sur l'électrocardiogramme, quelque chose comme un battement cardiaque irrégulier, et ils veulent me garder en observation pour vingt-quatre heures.» Un peu plus tôt, il avait assuré: «Ce n'est pas une chute définitive, j'ai juste glissé sur une pierre.» Alors qu'il devrait demeurer en observation jusqu'à mercredi, ses collaborateurs ont affirmé que le patron de Forza Italia sera présent dimanche à la grande manifestation de l'opposition convoquée à Rome pour protester contre la politique économique du gouvernement Prodi.

Reste que le malaise de Montecatini relance les spéculations quant à l'avenir politique du Cavaliere. Depuis qu'il a perdu les élections en avril dernier pour une poignée de voix, il n'est plus qu'un leader à courant alterné. Au point que l'ancien chef du gouvernement Giulio Andreotti s'est sarcastiquement interrogé: «On ne sait pas si Berlusconi a pris sa retraite ou une année sabbatique.» Absent durant tout l'été de la scène politique, il s'est remis en selle par intermittence, laissant parfois filtrer sa lassitude. Il y a quelques jours, il aurait ainsi fait part au quotidien Libero de son pessimisme («Le gouvernement Prodi ne tombera ni aujourd'hui, ni demain.») et de sa décision de se mettre en retrait: «Nous reviendrons au pouvoir, mais je peux déjà vous dire une chose. Quoi qu'il arrive, je ne retournerai pas au palais Chigi [ndlr: siège de la présidence du Conseil]. J'ai déjà donné, ça me suffit.»

Soupçonné par l'hebdomadaire Diario d'avoir fraudé lors des dernières législatives en faisant converger les bulletins blancs sur les listes de Forza Italia (lire encadré) et accusé par le Tribunal de Milan de fraude fiscale, faux en bilan et abus de biens sociaux dans le cadre d'une affaire de caisses noires pour l'achat de films, Silvio Berlusconi entame donc une nouvelle traversée du désert. Après la chute de son premier gouvernement en décembre 1994 et son échec aux élections un an et demi plus tard, l'homme d'affaires avait déjà connu une période difficile. Critiqué par ses alliés, affaibli physiquement par un cancer à la prostate, menacé par la magistrature, l'homme semblait politiquement fini. C'était sans compter sur sa ténacité et les erreurs stratégiques de la gauche qui lui ont permis de revenir au premier plan.

Cette fois, et même s'il reste dans les sondages le meilleur leader pour les électeurs de droite, le chemin de la résurrection est plus ardu. Non seulement en raison de son âge. Dimanche, celui qui a eu recours à d'innombrables liftings et autres implants de cheveux n'a pas hésité à parler de lui aux jeunes de Forza Italia en évoquant «nous, les petits vieux». Mais aussi en raison de l'impatience de ses partenaires, Gianfranco Fini ou Pierfedinando Casini qui, après douze ans dans l'ombre de l'entrepreneur, espèrent enfin pouvoir reprendre la tête de la droite.

Faute d'une chute rapide du gouvernement Prodi qui entraînerait un retour devant les électeurs, le Cavaliere risque donc de devoir se résigner à passer le timon et «l'héritage» dont il parlait dimanche. Ce qui paradoxalement effraie Romano Prodi. Car l'anti-berlusconisme constitue pratiquement le seul dénominateur commun de sa coalition hétérogène. Pour nombre de commentateurs italiens, ce n'est ainsi pas un hasard si le président du Conseil a été le premier et le plus chaleureux à lui adresser ses «vœux de prompte guérison».