«Toni Musulin n’est-il qu’un pauvre hère, épuisé après seulement onze jours de cavale? Ou un être machiavélique, froid, qui a parfaitement calculé son coup?, se demande Sylvain Besson, le correspondant du Temps à Paris. Deux portraits radicalement différents se dessinaient mardi, après la reddition du convoyeur de fonds à Monaco et son transfert à Lyon, où il doit être présenté ce mercredi à un juge d’instruction. Mais comment la star du Web, ce «Robin des bois» du Net, est-il devenu, d’un jour à l’autre, le loser de la Toile?

Car oui, «les cyberfans [sont] déçus par la reddition du convoyeur-cambrioleur, écrit 24 Heures: Profils Facebook, sites de soutien et messages d’admiration [avaient] inondé la Toile. Lundi soir, grosse déception. Le héros n’est plus». «P’tite caisse! Fallait pas te rendre, enfoiré», commente un internaute cité par Le Parisien. Et un autre: «Il est pas frais le bonhomme! Il doit avoir de gros soucis dans sa tête, à suivre… plus à plaindre qu’à blâmer, il a tué personne, il est pas méchant seulement déglingué! Bizarre.»

Sur Facebook, la page principale qui lui est consacrée rassemble plus de 6000 fans de «l’ami public numéro 1», qui «déchaîne toujours les passions sur le Web», relève Le Nouvel Observateur: ainsi, un certain Lionel pense-t-il que «s’il n’est pas con, il a placé l’argent en sécurité», car il se refuse à toute indication sur l’endroit où se trouveraient les 2,5 millions restants du butin.

«J’hésite entre la déception et l’admiration, à force d’être nous-mêmes rackettés à tous les niveaux… On se sentait un peu… vengés!» explique Lamipe à L’Express. Comme dans les meilleurs films policiers, Toni Musulin «aurait préparé son avenir»: C’est ce que pense Ninon 1: «Plutôt que de vivre avec Interpol à ses trousses, il a préféré risquer trois ans de prison (dont la moitié ne sera pas faite!), retrouver son magot en sortant et vivre la conscience tranquille! Drôle de type qui vit deux vies si différentes…». Mais qui «joue sa carpe maîtresse», comme l’imagine le jeu de mots de Libération, et «qui en a déçu plus d’un», écrit Le Post: «En se rendant à la police monégasque, le convoyeur de fonds a su conserver, pour autant, cette part de mystère qui a largement contribué à sa récente notoriété».

Cette célébrité, il ne l’aurait pas supportée, pense Paris-Match: «Traqué par toutes les polices d’Europe, porté aux nues par des milliers d’internautes, [il] a craqué et s’est livré.» Le journal a interrogé ses anciens camarades d’école et a retrouvé le père du convoyeur: «Toni, c’était un enfant formidable, dit-il, jamais il n’a volé. Jamais il n’y a eu de problème avec lui.» Et d’y voir «un coup de tête», mais «c’est pas grave, il n’a pas fait de blessés, il n’a mis en danger personne. […] En tout cas c’est pas un voyou, mon Toni.»

«Il nous […] a donné un magnifique exemple, chimiquement pur, relève Langue sauce piquante, le blog des correcteurs du journal Le Monde: du moment que mes patrons me volent, pourquoi ne leur rendrais-je pas la pareille? […] C’est du moins ce qu’il aurait laissé entendre à certains de ses collègues convoyeurs.» C’est que «l’argent a toujours fait chauffer les esprits, analyse L’Alsace. Il faut bien avouer que la société de consommation, surtout baignant dans l’ambiance politique actuelle, n’est pas de nature à les rafraîchir. Quand les plus hauts personnages de l’Etat roulent carrosse, quand les banques accordent des bonus pharaoniques à leurs traders, quand le bras droit de Madoff, l’escroc du siècle, sort de prison après quelques mois de préventive, il y a de quoi faire tourner les têtes les mieux accrochées.»

Mais pourquoi aimons-nous donc tant les bandits?, se demande enfin Slate. Le magazine en ligne constate que la presse étrangère, surtout anglo-saxonne (à lire sur le site de la BBC: l’article «France’s love of rogues and rule breakers») s’étonne de notre très française passion pour l’aventure de Toni Musulin, et du bruit que celle-ci fait sur Internet. Nous aurions un penchant coupable pour les bandits et les détenus en cavale. Les escrocs sympas et les belles aventurières.» Et de noter, non sans humour, que Toni Musulin, «après son passage par la succursale de la Banque de France, et, gardant ses deux heures d’avance à peu près intactes, il a filé droit devant lui. Il s’est vite retrouvé à proximité de la frontière suisse, mais s’étant renseigné sur la fin du secret bancaire helvétique, il s’est bien gardé de la franchir.» Au lendemain de «l’ampleur des dégâts» causés à UBS, ça ne manque pas de piquant…