Sprint final pour trouver un accord nucléaire

Iran Les négociations sur le nucléaire iranien sont entrées à Vienne dans la dernière phase

Les discussions techniques avancent

Les Iraniens et les membres du Conseil de sécurité plus l’Allemagne (les 5 + 1) sont réunis à Vienne depuis mardi pour trouver un accord qui mettrait fin à une crise de douze ans autour du programme nucléaire iranien. Selon l’agenda établi, les négociateurs ont jusqu’au 24 de ce mois pour s’entendre. Les résultats ne sont pas acquis, loin de là. Cependant, le succès n’a jamais été aussi proche. Car en Iran comme aux Etats-Unis, une véritable fenêtre d’opportunité s’est ouverte. En plus de cela, l’échec serait trop lourd de conséquences pour être envisagé. Au pire des cas, la date butoir pourrait être repoussée.

Les sanctions ont mis l’économie iranienne à genoux. «La population est fatiguée de la confrontation avec le reste du monde et des privations. Elle demande une ouverture et une normalisation de ses relations avec les autres pays», explique Clément Therme, chargé d’enseignement à Sciences-Po Paris, et spécialiste de l’Iran. Depuis son élection en juin 2013, le président iranien Hassan Rohani a multiplié les invitations au dialogue. Et même le Guide suprême, Ali Khamenei, n’a pas contrecarré la stratégie du président. «Le repli sur soi a atteint ses limites et le régime doit composer avec les nouvelles exigences des Iraniens», analyse Clément Therme. Hassan Rohani a les mains libres pour faire des concessions à condition qu’il reste dans les limites fixées par le Guide: «Il n’est pas encore question de normaliser les rapports avec les Etats-Unis ni de remettre en cause l’indépendance et les prérogatives de la République islamique.»

Des compromis ont cependant été trouvés notamment en ce qui concerne les aspects techniques. Longtemps, véritable pomme de discorde, les capacités d’enrichissement de l’uranium ne font plus achopper les discussions. Les deux parties pourraient s’accorder sur un nombre fortement réduit de centrifugeuses. Selon les experts, l’Iran a 19 000 centrifugeuses réparties sur deux sites d’enrichissement, mais seules 10 200 d’entre elles sont effectivement en opération. Il est demandé à Téhéran de réduire ce nombre à moins de 4000. Une limite fixée en relation avec le temps nécessaire à la République islamique pour produire assez de matière fissile pour une bombe atomique: au minimum un an. Téhéran pourrait accepter cette condition.

«Les difficultés techniques se sont aplanies, mais il reste les questions politiques épineuses», détaille Clément Therme: «Mettre fin à trente-cinq ans d’inimitié sinon d’hostilité, n’est simple ni à Washington ni à Téhéran. Le droit de l’Iran à maîtriser la technologie nucléaire civile, tel que le prévoit le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), divise. Pour Téhéran, ce droit est inaliénable. A Washington, on voudrait le suspendre.»

En se pliant à des limitations sur l’enrichissement plus sévères que celles prévues par le TNP, en acceptant les contraintes d’un contrôle strict par les inspecteurs de l’AIEA, Hassan Rohani estime donner les preuves suffisantes de sa bonne volonté. «En échange, il réclame la levée immédiate et totale des sanctions», explique Clément Therme. Mais en face, les Etats-Unis et leurs alliés n’offrent qu’une levée partielle et progressive assortie de nouvelles contraintes. Et au sein du groupe des 5 + 1, la France est la plus réticente à faire des concessions importantes, note le spécialiste: «Elle est plus proche des pétromonarchies du Golfe et d’Israël. Ce sont des liens économiques qui incluent des contrats d’armement.»

Les conséquences d’un échec seraient très sérieuses: le Congrès pourrait rapidement demander de nouvelles sanctions contre l’Iran, qui se feraient ressentir fortement sur l’économie du pays déjà exsangue. Au Moyen-Orient, le partenariat naissant avec Téhéran, fait d’intérêts communs pour combattre les djihadistes, stabiliser l’Irak et, bientôt, l’Afghanistan, serait mort-né. Pour Barak Obama, ce serait une faillite aussi retentissante que serait historique la signature d’un accord définitif.

Parvenir à un accord avant le 24 novembre tient de la gageure. «Les négociateurs pourraient s’entendre sur des principes généraux et sur une prolongation du délai pour régler les derniers détails», conclut Clément Therme. Un court répit, car le temps joue contre les négociateurs: les ennemis d’une solution négociée pour permettre à l’Iran de retrouver son rang accusent Téhéran de jouer la montre.

Au sein du groupe des 5 + 1, la France est la plus réticente à faire des concessions