Claude Jibidar, vice-directeur du Programme alimentaire mondial (PAM) à Genève, lance une mise en garde sans équivoque au sujet de la situation au Soudan-Sud: «Si nous ne parvenons pas débarrasser rapidement la région des millions de mines qui y sont disséminées, nous risquons de nous retrouver avec les mêmes ingrédients qui ont conduit au déclenchement de la guerre entre Khartoum et le sud il y a plus de vingt ans, à savoir le sentiment de sous-développement», a-t-il dit mercredi lors d'une conférence de presse au Palais des Nations.

L'enjeu est de garantir au plus vite le retour des quelque 100 000 personnes qui sont déjà rentrées dans leur région d'origine, sur les 4 millions de déplacés qu'a fait le conflit – et ce sans attendre la signature définitive d'un accord de paix global entre les autorités de Khartoum et la guérilla sudiste. L'enjeu est de permettre à terme à ces réfugiés et autres personnes déplacées qui prendront le chemin du retour de retrouver au plus vite une activité professionnelle, notamment la culture de produits alimentaires, et de commercialiser ces produits de telle sorte que la sécurité alimentaire des Sud-Soudanais soit assurée.

8 kilomètres par jour

Avant-garde de cette course contre la montre: la Fondation suisse de déminage (FSD). En vertu d'un partenariat avec le PAM remontant à 2000, ses équipes ont passé au crible le réseau routier sud-soudanais entre fin 2003 et août dernier pour déterminer les zones à risques. La fondation basée à Genève achève ces jours le prépositionnement du matériel lourd de déminage et accélère la formation de personnels locaux pour lancer la phase 2 du programme dès que la saison sèche reviendra, vers janvier prochain: le déminage d'axes routiers pour permettre au PAM de procéder à des distributions de vivres autrement moins coûteuses que par largage aérien, comme l'agence onusienne le fait actuellement. «Nous espérons nettoyer 8 km de route par jour, y compris les bas-côtés et les alentours des ouvrages d'art», explique Ian Clarke, le directeur des opérations de la FSD.

La «fenêtre d'opportunité» n'est pas large: la saison des pluies et son cortège d'inondations recommence en mai-juin prochain, ce qui laisse peu de temps pour agir dans une région aussi vaste que la France et où les contraintes logistiques sont immenses. La FSD a pu compter sur le matériel utilisé en Irak dans l'immédiat après-guerre, où il avait déjà ouvert la voie aux convois du PAM. En revanche, et à la différence de l'Irak, la formation de personnels locaux s'est heurtée à la faible qualification des Sud-Soudanais. Entre-temps, il a fallu établir le contact et instaurer la confiance avec les chefs de la guérilla pour localiser au mieux des champs de mines – que les engins aient été posés par les sudistes ou par l'armée de Khartoum.

A la veille de ce défi «crucial» pour la stabilisation du pays, Claude Jibidar insiste donc pour que les populations du Soudan-Sud bénéficient très vite des dividendes de la paix. Faute de quoi, l'avenir du pays pourrait cruellement ressembler à son passé récent.