«De toutes les missions qui m'ont été confiées, le Kosovo est certainement, de loin, la plus difficile.» Et pourtant, le charismatique représentant spécial du secrétaire général de l'ONU à Pristina n'a jamais choisi la facilité. Nommé à la tête de la Minuk (Mission des Nations unies au Kosovo) en juin 2004, le Danois a déjà derrière lui une longue carrière de postes complexes, la plupart au HCR (Haut-Commissariat pour les réfugiés), où il a commencé sa carrière il y a trente-quatre ans, ou de missions spéciales confiées par New York. Nombreux sont les anciens du HCR à l'avoir comparé à son alter ego et ami Sergio Vieira de Mello, décédé tragiquement à Bagdad en août 2003. Comme lui, il a pendant plus de vingt ans habilement navigué entre les zones de crises du monde et conduit seul des opérations ou négociations particulièrement épineuses (Bosnie, Timor et Namibie). Comme lui, il a su combiner l'art de la négociation à un esprit pragmatique, et conserver la même capacité à s'adapter aux situations les plus délicates tout en restant simple, accessible, à l'écoute de ses interlocuteurs.

Il était donc naturel qu'au moment le plus crucial, celui où l'avenir du territoire semble enfin se dessiner, Kofi Annan le choisisse pour reprendre le flambeau allumé justement en 1999 par Sergio Vieira de Mello et repris successivement par le Français Bernard Kouchner, un autre Danois, Hans Haekkerup, l'Allemand Michael Steiner et le Finlandais Harri Holkeri. «Le processus doit aboutir, il n'y a plus d'autre choix, affirme Soren Jessen-Petersen, dans un parfait français. La situation est intenable, avec un taux de chômage qui atteint 50 à 55% et touche les jeunes en grande majorité, des infrastructures vétustes et précaires, des coupures constantes d'électricité... La vie maintenant, c'est l'espoir, c'est tout ce qui reste à cette jeunesse, à ce peuple.»

Le processus, interrompu par le décès brutal du président Rugova, devrait être réactivé dès la fin de la période de deuil national et l'élection du nouveau président, que l'envoyé spécial de l'ONU espère très proche. «Il faut un leader pour faire avancer le processus, il y va de l'avenir du Kosovo et, à terme, de la stabilité dans les Balkans. Certes, quelqu'un qui a tant dominé la politique depuis plus de vingt ans laisse un vide énorme, mais il faut poursuivre ce qui a été entamé, en suivant sa vision, qui est le meilleur élément unificateur.»

Si tout va bien les négociations avec Belgrade pourraient donc reprendre vers la mi-février, ce qu'espère vivement le chef de la Minuk, tout en avouant pourtant que le rôle qu'il joue dans la province est très motivant. Outre l'énorme responsabilité qui incombe au capitaine du navire onusien de créer, gérer ou remettre en route tous les aspects de la société, il a parfois l'impression de manœuvrer un fragile esquif qu'il faut constamment rééquilibrer au gré des vents contraires, et regrette surtout le manque d'objectif précis. La Suisse est pratiquement la seule à parler ouvertement d'indépendance. Soren Jessen-Petersen ne fait aucun commentaire sur les déclarations de la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey à cet égard. L'avenir appartient au peuple et à toutes ses composantes, dit-il.