Pas un papier par terre. Des piétons qui attendent un feu rouge quand il n'y a pas une voiture à l'horizon et un brouillard mouillé où disparaissent les clochers des églises baroques. On dirait la Suisse, et même l'élection présidentielle de dimanche soulève autant de passion politique qu'un débat à Berne sur les quotas laitiers. Mais la comparaison s'arrête là. Parce qu'à Ljubljana, dans les pâtisseries, les grands-mères descendent des coupes de champagne alors que chez nous, elles s'en tiennent au thé noir.

Et surtout, la Slovénie est sur le point d'entrer dans l'OTAN et dans l'Union européenne, deux thèmes qui ont traversé la campagne électorale de ce second tour ou plutôt qui l'ont étouffée, puisque les deux finalistes n'affichent aucune différence d'opinion sur ces sujets.

Le premier, Janez Drnovsek, est actuellement premier ministre, clé de voûte de la politique slovène depuis dix ans. Avec le président sortant Milan Kucan, que son rôle historique a rendu immensément populaire, Drnovsek a réussi le tour de force de quitter presque sans dommage la Fédération yougoslave en 1991 et d'ancrer à l'ouest le destin de son petit pays prospère (2 millions d'habitants). Il a toutes les chances d'être élu, vu son score de 44,3% au premier tour du 10 novembre. La seconde, Barbara Brezigar, est actuellement procureur de la République. Son bon score au premier tour (30,7%) a surpris tout le monde – sans menacer les espoirs de son concurrent.

La campagne a donc reposé sur un débat très mince. Le premier disant en substance: «J'ai de l'expérience et un excellent bilan»; la seconde répondant: «Je suis nouvelle et il serait bien de changer.» Ce ne sont pas non plus des personnalités flamboyantes. De lui, on sait qu'il est polyglotte, travaille beaucoup et lutte contre un cancer qui lui laisse cependant du répit. D'elle, on en sait moins: elle aura 49 ans le jour du vote, s'est montrée souriante sur les plateaux de télévision et a bien réussi sa carrière dans la justice. Comme en plus, en Slovénie, les prérogatives présidentielles sont limitées, Andréj Engelman, vice-ministre des Affaires européennes, peut affirmer que cela ne changera rien pour la Slovénie que ce soit l'un ou l'autre des candidats qui l'emporte.

Tendances eurosceptiques

Il aurait pu en être autrement si les deux sujets «chauds» actuels auraient été abordés durant la campagne. D'abord, l'Europe. En regardant bien dans son portefeuille, la Slovénie se découvre des tendances eurosceptiques. Elle a longtemps compté sur une aide européenne équivalente à 3% de son PNB mais l'Union, en janvier, revoyait ses contributions à la baisse et la république alpine ne se voit désormais plus proposer que 0,4% de son PNB, soit à peine plus que les 0,3% qu'elle reçoit déjà comme candidat.

De l'inconvénient d'être riche. Avec un revenu par habitant équivalent à 70% de la moyenne européenne, la Slovénie ne suscite pas de commisération à Bruxelles et pourrait même se retrouver contributrice nette du budget européen quelques mois après son adhésion. «On nous prend pour le Luxembourg!» s'exclame Andréj Engelman qui dénonce cette injustice: le Portugal, au même niveau économique, obtient six fois plus. Pour Joze Mencinger, économiste réputé et recteur de l'Université de Ljubljana, ces conditions sont «inacceptables», mais la Slovénie n'a pas d'autres issues que de les accepter. «Tout n'est pas terminé, on négociera jusqu'à Copenhague le 12 décembre», précise-t-on au Ministère des affaires européennes. Pourtant, quels que soient les bonus de dernière minute, personne ne se fait de souci: les Slovènes accepteront l'adhésion à l'Europe en référendum.

Il en va autrement pour la seconde affaire «chaude»: l'OTAN. Invitée le 21 novembre à Prague à rejoindre l'organisation, la Slovénie n'est pas certaine de le vouloir. Parce que cela va faire grimper son budget de défense et qu'elle se méfie de l'aventurisme militaire américain. Les derniers sondages donnent 39% de non et 38% de oui. La classe politique n'est pas au diapason, unanime dans son soutien à l'adhésion. Il y avait là un joli débat possible durant la campagne électorale, que les deux candidats ont soigneusement évité.