Elle s’appelle Starry Lee. Son nom semble prédestiné tant elle est perçue comme l’étoile montante de la politique pro-Pékin à Hongkong. A 42 ans, elle est la première femme à présider le DAB, la plus grande force politique au sein de l’ancienne colonie britannique. Beaucoup la voient alors occuper un jour prochain la direction du gouvernement. Une probabilité qui vient d’augmenter depuis la défaite essuyée hier dans les urnes par CY Leung, l’actuel chef de l’exécutif.

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Polo rouge, sourire accroché

Lors de notre rencontre la semaine passée, la jeune quadra se tenait sur un petit tabouret au milieu d’une passerelle bruyante à Hung Hom, la station de métro à côté du vieux tunnel qui plonge du continent vers l’île d’Hongkong. Polo rouge, sourire accroché au visage, Starry Lee saluait les Hongkongais qui se pressaient pour rentrer chez eux. Son équipe leur distribuait des tracts pour les encourager à voter pour elle et les autres membres de son parti. Dimanche, les Hongkongais renouvelaient son Conseil législatif (Legco), le parlement, fort de 70 députés.

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Lundi, son score est tombé dans les derniers, mais, sans surprise, la patronne du DAB a été réélue. Elle briguait un des cinq «super sièges», les seuls élus directement par tous les Hongkongais. La défaite infligée à Pékin, qui en coulisse tire les ficelles du scrutin, par l’élection des nouvelles forces résolument opposées à la Chine communiste, n’est pourtant pas pour lui plaire. De même qu’elle n’a pas atteint son «principal objectif», comme elle le présentait: faire tomber la minorité de blocage détenue par l’opposition démocratique.

Elle espère jouer un grand rôle

Lundi, à la radio et à la télévision, Starry Lee a pourtant continué d’afficher son sourire. Et déclarer qu’elle espère jouer un plus grand rôle dans la coordination des forces de son propre camp, comme si elle regrettait qu’il ne lui ait pas laissé suffisamment les commandes.

«Sa nomination à la tête du DAB, début 2015, fut très inhabituelle, compte tenu de son jeune âge et de son manque d’expérience politique», relève Willy Lam, politologue à la Chinese University de Hongkong. Cette nomination intervenait quelques mois après que la jeunesse ait battu le pavé 79 jours consécutifs, pendant le mouvement des parapluies, contre une réforme politique voulue par Pékin. Coupé de la rue, le DAB se devait de réagir.

Née dans un milieu modeste

Née à Hongkong en 1974 dans un milieu très modeste, Starry Lee a étudié la comptabilité et commencé sa carrière chez KPMG, un des quatre géants mondiaux de la révision comptable. Son prédécesseur à la tête du DAB, de 25 ans son aîné, venait des milieux syndicaux. Mariée et mère d’une fille de 14 ans, elle a gravi les échelons du cabinet d’audit et obtenu un MBA à l’université de Manchester. Mais elle a abandonné cette carrière pour embrasser celle de la politique en entrant pour la première fois au Legco en 2008.

Starry Lee «peut incarner le visage souriant du parti communiste. Son parcours, son style, la rendent proche des gens, et elle paraît inoffensive», analyse Willy Lam. La députée n’ignore pas pourquoi son parti mise sur elle: «J’aime rire, c’est vrai, et j’aime le contact avec les gens. Or le DAB veut se rapprocher des jeunes, les comprendre.» Croisée sur la passerelle peu avant l’interview, une étudiante saluait «qu’une femme de son genre s’engage en politique, où il y a trop d’hommes. Mais ses idées, très peu pour moi. Je voterai pour ceux qui défendent Hongkong contre Pékin.»

Faire de sa région un modèle de gouvernance pour la Chine

A l’écouter, Starry Lee rêve «de voir le suffrage universel à Hongkong dans dix ans, et de faire de la région un modèle de gouvernance pour la Chine». En réalité, «elle suit les instructions du bureau de liaison d’Hongkong, l’organe qui représente ici le parti communiste», tranche Willy Lam.

La patronne du DAB dément tout ordre reçu de Pékin. «Notre comité de direction prend seul les décisions», assure-t-elle, tout en reconnaissant qu’elle est fréquemment invitée au bureau de liaison, pour des réceptions avec des diplomates par exemple. Elle préfère aussi éluder la question sur son éventuelle appartenance au parti communiste chinois.

Elle sait jouer avec les lignes

Comme avec ses déclarations hier, la jeune politicienne sait toutefois jouer avec les lignes. «Pendant la campagne, elle a su se montrer habile, observe Willy Lam. Elle a pris de la distance avec le chef du gouvernement, très impopulaire. Elle a subtilement fait savoir son opposition à la politique de logement du gouvernement, une source de grand mécontentement au sein de la population.» Ce printemps, elle a démissionné d’un puissant comité qui conseille le gouvernement sur ses politiques pour, officiellement, pour se consacrer à son parti et à la campagne électorale. Sans doute aussi pour ne pas être associé au bilan de CY Leung, dont le mandat s’achève début 2017. Les résultats d’hier ne peuvent que lui donner raison.

Un nouveau combat difficile

Son nouveau combat s’annonce toutefois difficile avec la vague des localistes et autres indépendantistes qui vient déferler sur le parlement. Elle qui juge que quitter la Chine est contraire à la loi, et que «le prix à payer d’une telle décision serait beaucoup trop grand». Sans oublier qu’au fond d’elle, Starry Lee se dit «fière d’être chinoise, et heureuse d’avoir vu le développement de ce pays ces dernières décennies. C’est presque un miracle.»


Profil


1974. Naissance à Hongkong

1999. Premiers pas en politique comme conseillère de district

2008. Elue au Legco (parlement), et réélue en 2012

2010. MBA en Grande-Bretagne

2015. Première femme à présider le parti DAB

2016. Réélue à un des «super sièges» du Legco