Des ombres se faufilent dans la nuit pour rejoindre les abris. Stepanakert, ville fantôme. Des sirènes d’alerte retentissent. Un missile survole la ville. Les seuls rais de lumière sont ceux des phares des rares voitures qui osent encore circuler, pneus crissant sur l’asphalte. Une, deux, trois explosions brisent le silence parfait d’une cité qui semble morte. Sans incendie, impossible de déterminer quelles sont les cibles des missiles. Une heure après, c’est un bombardement d’une douzaine d’engins explosifs. Encore plus tard, un fracas écrasant est le dernier de cette quatorzième nuit de guerre, résurgence d’un conflit vieux de trente ans.

Bakou a lancé le 27 septembre une offensive destinée à reconquérir ce territoire perdu après l’effondrement de l’URSS au profit de l’Arménie. Au soir d’un premier jour de «cessez-le-feu» qui n’a, pour le moment, pas tenu ses promesses, Stepanakert, la «capitale» de la «République d’Artsakh» (le Haut-Karabakh, une république autoproclamée et non reconnue par la communauté internationale), a été visée, comme presque chaque nuit depuis deux semaines, par l’armée azerbaïdjanaise. Dans le lointain, à certaines heures, l’écho feutré des explosions sur la ligne de front semble indiquer que les bombardements y sont par ailleurs autrement plus intenses qu’à Stepanakert. Le cessez-le-feu annoncé à Moscou après une réunion tripartite de la diplomatie russe avec l’Azerbaïdjan et l’Arménie, et qui devait prendre effet samedi 10 octobre à midi, n’aura pas été respecté une seule journée.