C’est le genre d’information dont Donald Trump se serait bien passé. Steve Bannon est inculpé par la justice new-yorkaise pour fraude, accusé, avec des complices, d’avoir détourné des centaines de milliers de dollars officiellement récoltés pour construire le mur à la frontière mexicaine. Steve Bannon n’est autre que le controversé ex-conseiller stratégique du président, limogé par ce dernier en août 2017. Il était aussi le directeur du site complotiste et suprémaciste Breitbart News. Devenu paria de Donald Trump, accusé d’avoir alimenté une guerre des clans au cœur de la Maison-Blanche, il en a pendant longtemps été très proche.

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Des comptes fictifs

Steve Bannon est accusé avec trois complices d’avoir escroqué des donateurs alors qu’ils étaient responsables d’une collecte de fonds en ligne, sur la plateforme GoFundMe, au nom de l’organisation We Build The Wall. La construction d’un mur entre les Etats-Unis et le Mexique pour freiner la migration et les trafics de drogue était l’une des principales promesses de Donald Trump. Steve Bannon et ses complices sont parvenus à récolter 25 millions de dollars, rappelle la justice new-yorkaise. Ils ont été arrêtés jeudi matin, en Floride, dans le Colorado et à New York.

Selon la procureure fédérale de Manhattan Audrey Strauss, «les accusés ont escroqué des centaines de milliers de donateurs pour réunir des millions de dollars, en capitalisant sur leur intérêt à financer un mur frontalier, sous le prétexte que tout cet argent serait dépensé pour la construction». «Tout en assurant à plusieurs reprises aux donateurs que Brian Kolfage, le fondateur et le visage public de We Build the Wall, ne serait pas payé un centime, les accusés ont secrètement comploté pour faire passer des centaines de milliers de dollars à Kolfage, qu’il a utilisés pour financer son style de vie somptueux», précise-t-elle encore dans un communiqué. Ils auraient dissimulé leur détournement de fonds en «créant des factures et des comptes fictifs pour blanchir les dons et dissimuler leurs crimes». Selon l’acte d’accusation, Steve Bannon aurait reçu plus d’un million de dollars de We Build the Wall et utilisé des «centaines de milliers de dollars» pour couvrir «des dépenses personnelles». Ses complices et lui risquent une peine maximale de 20 ans de prison. Les détournements de fonds auraient commencé en décembre 2018.

Depuis la Maison-Blanche, Donald Trump a aussitôt réagi en affirmant ne pas avoir eu connaissance de l'affaire. Il a ajouté ne pas avoir eu de contacts avec Steve Bannon «depuis très longtemps». Et ne pas avoir été favorable à la collecte de fonds privés pour son mur. En juillet 2019 pourtant, un de ses fils, Donald Trump Jr, a affirmé le contraire lors d'une visite dans le Nouveau-Mexique. 

Steve Bannon est connu pour tisser des liens forts avec les mouvements d’extrême droite américains et européens, ce qui lui a valu d’être qualifié par Michael Bloomberg, ancien candidat à la présidentielle, d'«homme le plus dangereux de la sphère politique américaine». En février 2017, le Time lui avait consacré sa une, avec le titre «Le grand manipulateur», pour évoquer l’influence qu’il exerçait sur Donald Trump. Un titre qui prend tout son sens aujourd’hui.