suède

Stockholm dénonce un acte «terroriste»

Une double explosion survenue samedi dans le centre de Stockholm a tué son auteur, un Irakien qui s’était radicalisé. C’est la première attaque kamikaze commise sur sol suédois

Le premier ministre conservateur Fredrik Reinfeldt a lancé dimanche un appel au calme et à la prudence au lendemain du double attentat manqué dans le centre de Stockholm, tout en qualifiant l’attentat d’«inacceptable» dans une «société ouverte» comme la suédoise.

Les rues du centre de la capitale étaient noires de monde, en ce samedi de courses d’avant Noël, lorsque deux explosions se sont produites vers 17 heures, à une dizaine de minutes d’intervalle et à 200 mètres de distance l’une de l’autre. La première, celle d’une bonbonne de gaz dans une voiture vide, n’a pas fait de victime. Mais la seconde a tué une personne, l’auteur de l’attentat, et blessé légèrement deux passants. La Suède venait de connaître le premier attentat-suicide de son histoire.

L’homme aurait agi seul

Agé de 29 ans, l’homme qui s’est ainsi fait exploser à l’aide d’une bombe artisanale placée sur son ventre est d’origine irakienne. Il serait arrivé dans le royaume avec ses parents au début des années 1990. Certains de ses proches interrogés par les médias avaient noté sa radicalisation progressive, sans croire qu’il puisse un jour commettre un acte que la police a qualifié de «terroriste». Il a apparemment agi seul, du moins dans sa réalisation.

Une fois passé la confusion des premières heures, le film des ­événements s’est partiellement éclairci hier. La voiture qui a sauté appartenait à l’agresseur. Lequel portait sur lui plusieurs engins explosifs de confection artisanale, ainsi que, semble-t-il, un sac plein de clous. Par chance, seule une des bombes a explosé. L’homme aurait mal maîtrisé le dispositif. «Autrement, le bilan aurait été nettement plus lourd», a estimé Bo Janzon, un expert en explosifs.

Peu avant la première explosion, l’agence de presse suédoise TT et les services de renseignement Säpo avaient reçu un courriel en arabe et en suédois. Selon le journal Aftonbladet, le signataire était l’auteur de l’attentat. S’adressant au «peuple suédois», il annonçait: «Vos enfants, vos filles et vos sœurs vont mourir, tout comme [les nôtres] sont tuées en Afghanistan.» Un contingent de 500 soldats suédois participe à la guerre contre les talibans.

Des dignitaires de la communauté musulmane en Suède se sont empressés de «condamner» cet acte. «Celui qui a fait cela va à l’encontre des valeurs de l’islam», a réagi Abd al-Haqq Kielan, le président de la Communauté islamique de Suède, une des principales organisations regroupant les quelque 250 000 musulmans que compte le royaume de 9,4 millions d’habitants. Bien que manqué, l’attentat suicide tombe au plus mal pour la deuxième communauté religieuse du pays. L’agresseur «croyait qu’il menait le djihad (guerre sainte), mais en fait, il a terriblement nui à tous les musulmans de Suède», a ainsi estimé Abd al-Haqq Kielan.

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, la méfiance à l’encontre des musulmans a pris de l’ampleur dans le royaume. Et ce, même si une grande majorité d’entre eux ne se reconnaissent pas dans les actes de ce genre. Arrivés de Turquie, d’Iran, de Bosnie, etc., à partir des années 1970, ils aspirent à une vie tranquille. Ils sont en majorité peu religieux ou adeptes d’un islam modéré, mais ont tendance au «communautarisme», selon l’islamologue suédois Leif Stenberg.

A la suite de faits divers impliquant des immigrés, l’extrême droite, représentée par les Démocrates de Suède, a réussi à faire élire des députés lors des législatives du 19 septembre dernier (avec 5,7% des voix). Hier, le chef de ce parti, Jimmie Akesson, a réagi en rappelant avoir mis en garde par le passé contre un tel attentat et «les risques d’une immigration de masse».

Le site islamiste «Choumoukh al-islam», lié à Al-Qaida, a affirmé hier que l’auteur de l’attentat s’appelait Taymour Abdel Wahab. Une photographie le montre habillé de noir à l’occidentale sur fond de vallée verdoyante. (AFP)

Publicité