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Strasbourg: après la tuerie, les questions

Trois morts et treize blessés dont huit graves: le bilan de la tuerie du marché de Noël fait ressurgir au premier plan la menace terroriste en France. Le meurtrier avait été interpellé près de trente fois

La polémique est assurée de s’amplifier dans les jours à venir. Comment Chérif Chekkat, 29 ans, délinquant multirécidiviste emprisonné plusieurs fois en France et en Allemagne, a-t-il pu demeurer en liberté malgré sa mise en examen en 2016 pour «apologie du terrorisme» et sa promesse de «tuer des flics»?

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Toujours en fuite à l’heure d’écrire ces lignes, le tueur du marché de Noël de Strasbourg apparaît, avec le recul, comme l’archétype de l’individu face auquel la justice et les services de renseignement français sont restés étrangement impuissants. De quoi relancer les appels à placer en rétention les centaines de suspects les plus dangereux recensés au fameux fichier FSPRT pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste.

Aucune revendication

Même si aucune revendication de l’Etat islamique ou d’autres mouvances n’a été formulée, le motif de cette attaque contre l’emblématique marché de Noël strasbourgeois, plusieurs fois cible de projets d’attentats, paraît clair. Il était 20h lundi soir lorsque l’homme, seul et en possession d’une arme de poing, a fait feu de manière indiscriminée, tuant sur le coup un touriste asiatique et deux autres badauds, avant de poursuivre son équipée fatale. Le procureur de la République de Paris, Remy Heitz, a saisi la justice pour «association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste».

Siège du Parlement européen, qui a continué ses travaux sous haute sécurité hier, la métropole alsacienne ressemblait à une ville morte, touchée au cœur par un de ses enfants, connu des services de police dans le quartier populaire du Neudorf où il résidait et où il a disparu dans la nuit de mardi, après un ultime échange de tirs avec des policiers. Une ville considérée comme l’un des épicentres du djihadisme hexagonal, depuis le démantèlement de plusieurs filières terroristes.

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C’est à Strasbourg que résidait Foued Mohamed-Aggad, l’un des assaillants du Bataclan le 13 novembre 2015 – tué lors de l’assaut policier – dont le frère aîné Karim a été condamné en 2016 à 9 ans de prison. Les parents et deux frères du meurtrier du marché de Noël se trouvaient mercredi soir en garde à vue.

Etat d'urgence non rétabli

En pleines convulsions des «gilets jaunes», le niveau d’alerte du plan Vigipirate a été rehaussé, mais l’Etat d’urgence levé en juillet 2017 n’a pas été rétabli. Les manifestations demeurent autorisées dont celles annoncées samedi prochain par les «gilets jaunes». Difficile, en revanche, d’imaginer une mobilisation identique à celle des samedis précédents, alors que les appels à l’unité de la nation se multiplient. Assommée par cette fusillade, et suspendue à la traque policière en cours, Strasbourg arbore aujourd’hui le visage d’une France terriblement blessée.


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