«La stratégie de travailler avec la Russie est la bonne»

Le Temps: Faut-il réduire la dépendance de la ville à l’économie russe?

Kimmo Jarva: Non. La Russie restera notre voisin pour toujours. Les deux peuples seront toujours là. Nous avons intérêt à renforcer nos relations mutuelles. La crise actuelle est grave et Moscou doit changer de politique en Ukraine comme elle doit mettre fin à l’annexion illégale de la Crimée. Il est clair que notre économie est affectée par les sanctions prises contre la Russie, mais nous ne sommes pas opposés à ces mesures. Toutefois, lorsque nous pensons au long terme, nous voyons un développement commun des deux côtés de la frontière. Le potentiel de la Russie voisine, la proximité avec Saint-Pétersbourg et le pouvoir d’achat des Russes nous font penser que la stratégie de travailler avec notre voisin est la bonne. On peut même dire que la Russie est notre avenir. Les investisseurs nous font confiance sur ce point. C’est pourquoi, à l’instar d’Ikea, des entreprises s’intéressent toujours à la région. J’insiste: une économie russe forte et stable est bonne pour la Finlande et pour Lappeenranta. La ville compte une minorité russe. Celle-ci agit comme un ciment entre les deux côtés de la frontière.

– C’est donc une relation prioritaire?

– Nous ne mettons pas tous les œufs dans le même panier. Notre industrie forestière est certes en déclin, mais elle n’est pas morte. Elle est même relativement moins affectée dans notre région que dans le reste du pays. Il faudra encore la moderniser, investir dans la recherche et proposer des produits plus sophistiqués. Les fabricants des machines-outils de bois ne connaissent pas de crise. Nous vendons encore des machines, y compris aux clients russes. Grâce au bois, nous avons aussi l’ambition d’être les pionniers dans la production d’énergie propre. Le potentiel de développement dans deux autres secteurs est immense. Le tourisme autour du lac Saimaa, en été comme en hiver, connaît une forte croissance. Enfin, nous tenons à devenir une cité universitaire internationale. Nous comptons déjà une école polytechnique de renommée mondiale. Notre aéroport international nous permettra de développer des liaisons directes avec d’autres villes européennes et asiatiques, surtout chinoises.

– Mais qui veut venir à Lappeenranta?

– Contrairement au reste du pays, la population de Lappeenranta augmente d’environ 300 personnes par année. Autre singularité: le plus grand groupe d’âge est celui des 20-29 ans alors que la population est plus âgée ailleurs. L’industrie du bois, notamment la partie recherche et développement, attire des ingénieurs. Pour séduire étudiants et chercheurs d’Asie, nous leur garantissons un logement à l’arrivée. Par la suite, nous les encourageons à s’installer chez nous. On leur offre une parcelle de terre pour la construction d’une maison. Récemment, nous avons aussi accueilli des réfugiés syriens.