«Séisme», «apocalypse». A la surprise générale, le conservateur Eric Cantor a été battu à plate couture par un représentant du Tea Party, Dave Brat, un illustre inconnu sur la scène politique américaine. Le score est net: 55,5% pour Brat, 45,5% pour Cantor.

Professeur à l’Université Randolph-Macon en Virginie, Dave Brat n’a investi que 200 000 dollars dans la campagne des primaires républicaines pour les élections de mi-mandat de novembre prochain. Des élections où la totalité des sièges de la Chambre des représentants et un tiers des sièges du Sénat sont remis en jeu. Avec sa victoire, il a créé l’une des plus grandes surprises politiques dans l’histoire du Congrès. Même le Washington Post, pourtant bien informé, était convaincu de la victoire du chef de file des républicains de la Chambre des représentants.

Les répercussions de ce vote surprise pourraient être considérables. Eric Cantor, siégeant au Capitole depuis plus de treize ans, était plutôt une étoile montante du Parti républicain. Il était pressenti pour succéder à John Boehner au poste de «speaker», président de la Chambre des représentants, car celui-ci envisageait de prendre sa retraite à la fin de l’année ou au printemps 2015. Les signaux émis par cette primaire sont plutôt inquiétants. Selon les électeurs, Eric Cantor n’était manifestement pas suffisamment conservateur à leur goût. Or celui-ci s’est distingué par des positions très conservatrices, notamment en matière budgétaire. Il avait cependant jugé nécessaire de réformer le système «cassé» d’immigration sans pour autant accepter de régulariser les quelque 12 millions de clandestins vivant dans le pays. Dave Brat en a profité pour présenter son rival comme étant à tort un candidat favorable à une amnistie pour les immigrés illégaux.

La réforme de l’immigration souhaitée par le président Barack Obama pourrait bien être la première victime de la victoire du candidat du Tea Party dans cette primaire de Virginie. Face aux tergiversations républicaines, elle était déjà mal emmanchée. Là, elle est à l’agonie. Les membres du Tea Party devraient d’ailleurs faire de leur opposition à une telle réforme leur cheval de bataille pour les élections de mi-mandat.

La seconde victime du succès de Dave Brat, c’est le consensus, déjà très mal en point au Congrès. Plusieurs représentants de l’establishment républicain, dont John Boehner, Eric Cantor ou encore le sénateur de Caroline du Sud Lindsey Graham, avaient néanmoins manifesté une volonté de réformer très partiellement, sans régularisation des clandestins, le système d’immigration. Mardi soir, les experts ne cachaient pas qu’une telle réforme pourrait bien ne pas voir le jour après cinq à dix ans.

Même s’il est difficile à ce stade de voir dans l’élection surprise de Dave Brat une indication fiable sur une nouvelle percée du Tea Party en novembre prochain, force est de constater que la Maison-Blanche risque d’aller au-devant d’obstacles insurmontables pour faire passer les réformes qui lui tiennent à cœur. Pour le Parti républicain, c’est un nouveau psychodrame qui risque d’écarteler encore davantage le Grand Vieux Parti entre sa composante plus modérée et son aile ultra-conservatrice. Le fait que la réforme de l’immigration semble définitivement enterrée est aussi une très mauvaise nouvelle. Au vu de l’évolution démographique des Etats-Unis, la minorité hispanique qui monte pourrait sanctionner durement le refus républicain de faire un geste en faveur des clandestins, en grande partie hispaniques. En 2012, elle avait déjà voté massivement en faveur du démocrate Barack Obama. En 2016, si rien ne change, elle pourrait en faire de même.