La réunion des députés et sénateurs tchèques convoqués mercredi au Château de Prague pour élire le deuxième président de la République tchèque s'est soldée par un échec. Malgré les trois tours de l'élection prévus par la Constitution, aucun des quatre candidats en lice n'a obtenu la majorité qualifiée. Les intérêts partisans et les calculs politiques l'ont emporté sur la volonté de désigner un remplaçant de compromis au président Vaclav Havel dont le dernier mandat, après treize années passées à la tête de l'Etat, prendra fin le 2 février. Une nouvelle élection au parlement devrait être organisée le mois prochain. L'ex-premier ministre ultra-libéral Vaclav Klaus, arrivé en tête lors des deux derniers tours, a aussitôt annoncé qu'il y participerait de nouveau, souhaitant à «ceux qui n'ont pas voté pour lui mercredi de s'améliorer d'ici à la prochaine fois». La fragile coalition gouvernementale de centre-gauche au pouvoir depuis juin dernier a volé en éclat sur ce vote sinon crucial pour l'avenir politique du pays, tout au moins prestigieux et symbolique. Disposant de la majorité nécessaire dans les deux chambres, le parti social-démocrate (CSDD) du premier ministre Vladimir Spidla, les chrétiens-démocrates (KDU) et les libéraux du Parti de la liberté (US) n'ont pas été en mesure de s'entendre au dernier tour sur le candidat issu de leurs rangs, l'ex-dissident et président du Sénat, Petr Pithart (KDU).

La journée qui a duré neuf heures avait commencé par un discours d'adieux du chef de l'Etat sortant aux parlementaires. M. Havel, qui voulait «croire que son successeur serait élu lors de la première élection présidentielle», a annoncé qu'il «ne quittait pas complètement la vie publique» même s'il «s'était prescrit d'observer, surtout les premiers temps, une certaine réserve». Une fois de plus, le président n'a pas été entendu par les députés qui, tout au long de ses mandats, avaient l'habitude de passer outre ses vetos sur des lois qu'automatiquement le Conseil constitutionnel censurait ou corrigeait.

Au premier tour, l'insignifiant candidat social-démocrate Jaroslav Bures, ex-ministre de la Justice du gouvernement du social-démocrate Milos Zeman, a essuyé une humiliante gifle de ceux-là même qui l'avaient nominé. Il a obtenu à peine plus de la moitié des voix du groupe parlementaire du CSSD, terminant dernier, derrière le candidat communiste, l'ex-procureur militaire et avocat Miroslav Krizinecky. Arrivés en tête à la Chambre des députés, M. Klaus et M. Pithart, vainqueurs au Sénat, se sont retrouvés au second tour où ni l'un ni l'autre n'a obtenu la majorité des voix dans chaque chambre.

Fidèles à leur promesse, les élus communistes se sont abstenus lors des deux derniers tours. L'échec de l'élection incombe aux sociaux-démocrates, profondément divisés sur l'attitude à suivre, au grand dam du chef de gouvernement qui a appelé à voter pour M. Pithart. Une partie du CSSD, proche de l'ancien premier ministre qui a pris sa retraite en juin dernier, entendait provoquer à tout prix une deuxième élection présidentielle à laquelle M. Zeman a annoncé qu'il «pourrait participer». La manœuvre qui permettra un duel Klaus-Zeman lors du prochain scrutin devrait toutefois s'achever sur le même résultat que mercredi: un échec.