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Succession de Ban Ki-moon: glasnost exigée

A dix-huit mois de la fin du mandat du patron de l’ONU, la colère monte contre les prérogatives «féodales» du Conseil de sécurité. Limitation à un seul mandat souhaitée

Succession de Ban Ki-moon: glasnost exigée

Nations unies A dix-huit mois de la fin du mandat du patron de l’ONU, la colère monte contre les prérogatives «féodales» du Conseil de sécurité

Limitation à un seul mandat souhaitée

Sous les lambris du palais de verre à New York, siège des Nations unies, la question n’est pas pour l’heure de savoir qui va succéder à Ban Ki-moon à la tête de l’organisation le 1er janvier 2017 à l’issue de son second mandat. On s’interroge plutôt sur la manière dont on va choisir son successeur. Or rien n’est plus anachronique que le mode de nomination du patron de l’ONU. Sur les bords de l’East River, mais aussi auprès de nombreux Etats membres ainsi que de la société civile, la colère monte face aux prérogatives «féodales» du Conseil de sécurité.

La semaine dernière, ACT, un groupe supra-régional de vingt-sept Etats au sein duquel la Suisse joue un rôle moteur pour accroître la fiabilité, la cohérence et la transparence de l’ONU, a tenu à New York un séminaire qui a attiré les foules. Parmi les invités, l’ex-haut-commissaire aux Droits de l’homme des Nations unies, Mary Robinson, a parlé au nom des Elders, un groupe indépendant de personnalités internationales: le processus de nomination est, selon elle, «inacceptable» et son opacité dessert la crédibilité de l’organisation. Or comme le souligne la campagne «1 for 7 Billion» qui réunit une centaine d’organisations de la société civile et qui milite pour davantage de démocratie au sein de l’ONU, la fonction de secrétaire général des Nations unies est peut-être «le pire poste du monde, mais aussi le plus important».

Pour l’heure, ce sont les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (P5) qui décident en vase clos du candidat à leur convenance selon des critères qui restent secrets. L’Assemblée générale en est réduite à un rôle de chambre d’enregistrement. Or même si les participants au séminaire d’ACT se sont gardés de critiquer l’actuel numéro un de l’ONU, tous sont d’avis qu’il importe d’ouvrir le processus de recrutement pour trouver l’homme ou la femme la plus à même de relever des défis qui s’annoncent herculéens: extrémisme violent, déplacement massif de réfugiés, guerres civiles, changement climatique.

Mary Robinson estime que les candidats devraient présenter une plate-forme dans laquelle ils font état de leurs priorités. L’ex-présidente irlandaise juge aussi nécessaire des auditions au Conseil de sécurité et à l’Assemblée générale. Elle recommande d’y associer la société civile. «Le Conseil de sécurité doit soumettre plus qu’un candidat à l’Assemblée générale», ajoute-t-elle. Ce serait une manière de donner encore davantage de légitimité au futur secrétaire général qui «devra relever le vrai défi de la division du Conseil de sécurité comme on a pu le constater dans le dossier syrien, poursuit Mary Robinson. Or quand le Conseil de sécurité faillit, les autocrates ont le champ libre pour commettre des crimes horribles».

Pour William Pace, directeur de l’Institut pour la politique globale représentant la campagne «1 for 7 Billion», il est temps de réformer radicalement le processus. Contrairement aux pratiques d’enceintes comme l’Organisation internationale du travail, les organisations mondiales de la santé et du commerce, aucune qualification spécifique n’est requise pour devenir le numéro un de l’ONU, aucune durée de la procédure n’est prévue. L’ambassadeur britannique Matthew Rycroft représente l’un des cinq membres permanents au Conseil de sécurité. Il en convient. Il propose de fixer à la fin décembre 2015 le délai fixé pour que les candidats s’annoncent et à juin 2016 pour les sélectionner. Pour davantage de transparence, William Pace appelle les candidats à mettre à disposition du public leur CV et visions pour la fonction. Renforcer la légitimité du futur patron de l’ONU passe, poursuit-il, par une limitation de la fonction à un seul mandat, peut-être de sept ans. Le futur secrétaire général n’aurait pas à faire campagne durant son premier mandat pour le second. Il serait «moins exposé aux retours d’ascenseur, il serait plus indépendant». A l’image de Kofi Annan, c’est souvent à la fin de leur second mandat que les secrétaires généraux s’affranchissent des contraintes du P5.

Montrant sans doute davantage de flexibilité que les Russes et les Américains dans ce dossier, Matthew Rycroft pense qu’à compétence égale, «il est grand temps qu’une femme dirige l’ONU». Pour leur part, les Européens de l’Est estiment que c’est leur tour. La directrice de l’UNESCO, la Bulgare Irina Bokova, qui mène déjà une campagne active, s’inscrit dans cette logique au même titre que le Serbe Vuk Jeremic ou le Slovène Danilo Türk. Le diplomate britannique refuse toutefois la logique du tournus régional. Parlant des Etats membres de l’Europe de l’Est, il le dit sans ambages: «Il leur revient de présenter leur meilleur candidat.»

Pour l’ambassadeur britannique Matthew Rycroft, «il est grand temps qu’une femme dirige l’ONU»

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