«Vous n’avez pas encore compris que vous devez rester à la maison? Le coronavirus se promène librement. Votre maire vous ordonne de rester chez vous.» La voix au léger accent sicilien qui résonne dans les rues de Messine est celle du maire de la ville, Cateno De Luca. Elle sort de haut-parleurs montés sur des voitures en attendant de descendre littéralement du ciel: le politicien a présenté dimanche des «drones parlants» chargés de faire respecter les mesures de quarantaine mises en place en Italie depuis trois semaines.

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Le sud de la Péninsule craint d’être atteint à son tour par la crise épidémique qui ravage le nord. Et ses maires ont fait assaut d’originalité pour inciter leurs concitoyens à ne pas briser le confinement. Les chiffres siciliens ne sont pas aussi dramatiques que les lombards mais ils augmentent lentement tous les jours. Selon un dernier bilan, l’île enregistre 1330 cas et déplore 65 décès. La hausse n’est pas exponentielle, mais elle est tout de même régulière. Dans le même temps, la Lombardie a dépassé les 25 300 malades et les 6300 morts.

Des vagues le week-end 

La peur de voir l’épidémie se déplacer du nord au sud est née lorsque le gouvernement italien a décidé d’isoler la Lombardie et 14 autres provinces septentrionales le 8 mars dernier, provoquant l’exode soudain de dizaines de milliers de personnes. Le premier ministre, Giuseppe Conte, a bien décidé deux jours plus tard d’élargir cette mesure à tout le pays mais il n’a pas empêché des vagues mineures de départs, notamment durant les week-ends. Sans effet dramatique évident: pour l’heure, les régions du sud n’ont pas connu une augmentation abrupte de contaminations.

Les Pouilles ont été «contaminées par des personnes arrivées de Lombardie et de Vénétie, a déclaré le président de la région, Michele Emiliano, lors d’une conférence de presse en ligne samedi avec des journalistes de la presse étrangère. Les mesures de confinement ont donc «permis au sud d’éviter une croissance exponentielle» des contaminations, s’est-il réjoui – sa région déplore 1432 cas et 86 décès. «Nous ne savons pas ce qui se passera après le confinement car l’épidémie ne s’éteindra pas seule, a-t-il poursuivi. Notre objectif aujourd’hui est de faire en sorte que les hospitalisations futures ne fassent pas crouler nos systèmes sanitaires», réputés plus fragiles et plus démunis que ceux du nord. La région du talon de la botte dispose en temps normal de 304 lits en thérapie intensive. C’est moins de la moitié de la quantité présente en Emilie-Romagne, à la population numériquement comparable.

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Dimanche, les Pouilles enregistraient parallèlement 99 personnes hospitalisées en soins intensifs, dix fois moins qu’en Lombardie. Michele Emiliano se prépare au pire. Il veut faire en sorte que les hospitalisations des patients avec les symptômes du coronavirus soient distantes de quelques minutes seulement des thérapies intensives. Ainsi, quelque 200 places ont été ajoutées. A Tarente, il est prévu d’installer des containers ad hoc sur le parking de l’hôpital, a promis le gouverneur. A Bari et à Lecce, des ailes entières d’hôpitaux sont déjà réservées. La région se permet encore d’offrir des places aux patients en Lombardie, au bord de la saturation.

L’attention est aujourd’hui focalisée sur la situation dramatique du nord. Mais y «concentrer toute l’énergie est une erreur stratégique, dénonce Michele Emiliano. Si le sud reçoit de l’aide pour sortir au plus vite de cette situation, il pourrait davantage venir en aide au nord. Il faut éteindre immédiatement les petits feux pour que tout le monde puisse aider par la suite à éteindre le grand incendie. Le risque est que l’épidémie devienne incontrôlable à travers tout le pays.»

La peur d'une double crise 

Le sud plus pauvre risque cependant d’être frappé par une autre crise. L’inquiétude est aussi sociale, désormais, dans ces régions où «le travail au noir, paralysé par les restrictions de mouvement, permettait à beaucoup de personnes de vivre», a rappelé dimanche Il Corriere della Sera. Samedi soir déjà, dans une énième conférence de presse de crise, le président du Conseil, Giuseppe Conte, a promis des bons pour les courses aux plus nécessiteux, ainsi que de la nourriture et des biens de première nécessité, distribués dans la semaine aux familles en difficulté.

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A Palerme, la police a enregistré la semaine dernière des menaces «d’assaut contre des supermarchés», où sont stationnées depuis jeudi les forces de l’ordre, selon le quotidien La Repubblica. Le maire de la capitale sicilienne a demandé au gouvernement d’instaurer un «revenu de survie». La Sicile, comme ses régions voisines, affronte plusieurs crises à la fois. Pour éviter au moins une grave épidémie, elle rêve de s’isoler du reste de la botte. C’est du moins ce qu’affiche le virulent maire de Messine. La semaine dernière, dans une autre opération éclatante, Cateno De Luca a tenté de bloquer personnellement les ferrys en provenance de la Calabre.