Ce n’est pas une guerre. Mais cela ressemble fort à une guérilla meurtrière. Malgré le soutien officiel et unanime des Vingt-sept, confirmé vendredi par une procédure écrite, José-Manuel Barroso a de nouveau subi mercredi les tirs nourris d’une partie du Parlement européen lors de sa première session plénière ce mercredi à Strasbourg.

«Sans un programme ambitieux, nous ne voterons pas son investiture» a répété l’un de ses principaux détracteurs, l’ancien premier ministre Belge Guy Verhofstadt, président du groupe libéral, coiffé il est vrai sur le poteau en 2004 pour la présidence de la Commission par le chef du gouvernement portugais.

La veille, le leader des «Verts» Daniel Cohn-Bendit avait pour sa part redit son opposition bien connue à José-Manuel Barroso, proposant pour le remplacer le nom du conservateur britannique Chris Patten. Et suggérant de lui confier le futur poste de président du Conseil, représentant les Etats-membres. Une idée «déplacée» selon le patron du groupe conservateur, le français Joseph Daul.

Preuve de ce piège politique, le suspense sur le calendrier de la nomination de José-Manuel Barroso n’est pas encore levé. Au nom de son groupe conservateur du PPE (le Parti populaire européen, premier groupe politique du parlement et vainqueur des élections du 7 juin), Joseph Daul avait d’abord réclamé que le vote d’investiture du président de la Commission européenne ait lieu lors de cette première session. La présidence suédoise de l’UE soutenait une telle consultation rapide. Mais la gauche et les Verts s’y étant opposée, l’échéance a été retardée.

Ladite consultation devrait maintenant intervenir le 14 ou le 15 septembre, après la présentation par José-Manuel Barroso de son programme pour 2009-2013 devant les différents groupes politiques. Une décision formelle devrait être prise à ce sujet jeudi à Strasbourg. Avec un hic majeur: pourquoi désigner l’homme-clé des institutions communautaires deux semaines avant le second référendum irlandais sur le traité de Lisbonne qui, le 2 octobre, permettra ou non l’entrée en vigueur de cette réforme tant attendue des institutions? D’autant que cette question de fond est assortie d’une importante condition formelle: sous l’actuel Traité de Nice, José-Manuel Barroso n’aura besoin pour être élu que de la majorité simple des eurodéputés présents. Sous le Traité de Lisbonne en revanche, il lui faudrait atteindre la majorité absolue des élus.

La décision, dans ce contexte, dépendra beaucoup de la capacité à manœuvrer de la présidence suédoise de l’UE. Car si l’organisation d’un vote en septembre paraît acquise, le résultat de cette investiture pèsera lourd pour le futur de José-Manuel Barroso, et surtout sur sa capacité de négociation pour la composition du futur collège de Commissaires, dont les titulaires sont désignés par les capitales.

Présent à Strasbourg, le premier ministre suédois Fredrik Reinfeldt a affiché son unité de vue avec le président de la Commission, appelant de ses vœux une «Europe qui agit fortement». Convaincu «qu’une marge de discussion existe pour trouver un accord sur la future politique européenne», Fredrik Reinfeldt devra aussi démêler, en fin d’année, l’écheveau compliqué du Traité de Lisbonne qui, même s’il est approuvé par les électeurs Irlandais risque toujours d’être pris en otage par l’eurosceptique président Tchèque Vaclav Klaus, bien décidé à ne pas le signer. Un blocage que Joseph Daul, chef du groupe conservateur, a proposé de remédier en appliquant à la lettre l’actuel traité de Nice qui prévoit 26 commissaires maximum: «Pas de commissaire pour le pays qui n’aura pas signé. C’est simple, non?» a souri l’élu français.

José-Manuel Barroso a maintenant l’été pour préparer son programme. «Je suis prêt à discuter avec tous les groupes politiques» a-t-il réaffirmé, rappelant au passage que le Parlement européen a été lui aussi élu sous la règle du Traité de Nice. «On ne doit pas mettre la Commission en suspens dans une pareille époque de crise» a-t-il complété. A charge pour lui, s’il veut convaincre, de tenir compte des différents mémorandums que lui ont adressé ces jours-ci les groupes politiques. Celui du groupe Libéral, présenté à Strasbourg par Guy Verhofstadt, met en exergue cinq attentes: la demande d’un plan de relance européen, l’instauration d’un superviseur financier communautaire, l’introduction d’une planification budgétaire fondée sur les ressources propres de l’Union, l’extension de la diplomatie de l’UE et la création d’un portefeuille spécifique de commissaire pour les droits fondamentaux et la lutte pour les discriminations.