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Le premier ministre suédois, Stefan Lofven, s'adresse à ses partisans après les élections, Stockholm, septembre 2018.
© Jonas Ekstromer/AFP Photo ©

Scandinavie

La Suède, déboussolée, se cherche une majorité

Avec une extrême droite à 18%, la Suède découvre un paysage politique fragmenté, à l’image de beaucoup d’autres pays européens

Ce lundi, dans les pages du quotidien suédois Aftonbladet, un titre illustrait la confusion qui règne au sein du royaume nordique: «Résultat des élections 2018, les douze scénarios possibles!» Rarement, en effet, un scrutin s’est révélé aussi déstabilisant, et finalement aussi décevant pour tous les partis. Les Démocrates de Suède (SD), l’extrême droite locale, qui avait obtenu 13% aux dernières législatives, progresse à 17,6%. Mais elle est loin des 25% promis par certains sondages et de l’espoir de devenir le premier parti du pays. Cette position, comme depuis un siècle, est détenue par les sociaux-démocrates. Mais leur «victoire» a un goût amer: le principal parti de gauche passe de 31 à 28,4%, ce qui constitue le plus mauvais résultat de son histoire. Même les Modérés, à droite, font grise mine, et perdent trois points et demi pour ne même plus atteindre la barre des 20%.

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L’éditorialiste Matilda Molander prévient que ce paysage politique scindé en trois blocs augure de longues négociations dans les jours qui viennent: «Gauche et droite sont au coude à coude, à 41% chacune, et aucune ne veut travailler avec l’extrême droite. Tout va donc dépendre de la capacité de la gauche comme de la droite à bâtir des alliances.» Oui, mais lesquelles? Pour Mattias Karlsson, président du groupe Sverigedemokraterna au parlement, «il est temps [que les autres partis] prennent leurs responsabilités et se mettent à discuter avec SD». La droite, menée par Ulf Kritersson, a répondu par une fin de non-recevoir, mais a également refusé l’appel à la coopération lancé par le premier ministre social-démocrate Stefan Löfven, dont elle demande la démission.

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Des fossés qui se sont creusés

«Les SD n’ont aucune chance d’arriver au pouvoir, mais ils sont assez forts pour empêcher la formation d’une majorité», estime le professeur de sciences politiques Nicholas Aylott. Une poussée extrémiste qui a été nourrie par l’immigration. La Suède, qui a reçu 400 000 demandeurs d’asile depuis 2012 – soit un effort inégalé en Europe pour un pays de 10 millions d’habitants – s’est très vite retrouvée face à des difficultés. Dès 2015, le gouvernement de Stefan Löfven avait dû imposer à nouveau un contrôle strict aux frontières. Mais les Démocrates de Suède, qui considèrent l’immigration comme «une menace économique et culturelle», profitent aujourd’hui du ras-le-bol d’une partie de la population.

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Un scénario qui ressemble à celui vécu par de nombreux pays en Europe, mais que beaucoup de Suédois – élevés dans le culte du consensus, de l’Etat providence et de l’accueil des étrangers – continuent de refuser. Dans les locaux du parti social-démocrate à Södermalm, un ancien quartier ouvrier de Stockholm devenu hors de prix, cet avènement de l’extrême droite reste un véritable traumatisme. «Leur résultat est terrifiant car tout le monde sait que ce sont des fascistes, qui ont longtemps eu des relations avec les groupes néonazis du pays», rappelle Asa Odin Ekman, qui dirige cette section locale. «Nous continuons à défendre l’idée d’un pays ouvert, égalitaire, où tout le monde doit avoir une juste part… Même si des fossés se sont creusés», ajoute son ami Anders Johannsson, engagé dans le parti à la rose comme son père et son grand-père.

Le militant barbu s’inquiète aussi du déclin qui continue à décimer les rangs de son parti, élection après élection. «Nous avons une nouvelle concurrence d’autres formations à gauche qui nous prennent des voix, nous ne sommes plus le parti unique de Suède», plaide-t-il. Södermalm la branchée, il en est aussi conscient, ne ressemble pas au reste de la Suède: à ces localités excentrées où les retraités peinent à boucler leurs fins de mois; à ces banlieues où les fusillades entre gangs ont fait l’année dernière plus de quarante victimes. Mais lui qui a connu ce monolithe de la vie politique suédoise, qui obtenait encore 45% des voix en 1994, veut y croire: «Ce n’est pas fini, on a peut-être une chance de gouverner ce pays», assure-t-il.

La balance pourrait rebasculer

Et effectivement, l’avenir de la Suède n’est pas encore écrit. Le chef du gouvernement y est traditionnellement le dirigeant du parti ayant obtenu le plus grand nombre de voix, mais ce vote inédit a rebattu les cartes. L’alliance avec les Démocrates de Suède étant pour l’instant exclue, tout dépend donc du rapport de force entre les deux coalitions de droite et de gauche. A ce jour, le bloc rouge-vert du premier ministre sortant Stefan Löfven détient… un siège de plus que ses opposants. Mais la balance pourrait rebasculer mercredi, quand seront décomptés 200 000 votes supplémentaires, émis par les Suédois de l’étranger.

Un tel suspense électoral, «c’est du jamais vu en Suède», estime Matilda Molander. Et une fois la couleur de l’Assemblée clairement établie, l’incertitude sera toujours de mise: il restera à engager de tortueuses négociations, à désigner un candidat au poste de premier ministre, qui devra être accepté (ou pas) par ses pairs, avant de former un nouveau gouvernement. Un processus qui peut prendre encore plusieurs semaines.

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