Mer Baltique

La Suède engage de grandes manœuvres militaires face à la Russie

L’intervention de Moscou en Ukraine a grandement inquiété Stockholm, qui entend désormais renforcer ses capacités de défense. Mais certains Suédois craignent de voir leur pays dépendre de plus en plus des Etats-Unis

A partir de ce lundi, et pendant trois longues semaines, la paisible campagne scandinave va prendre des airs de champ de bataille. Au cours de manœuvres militaires baptisées Aurora 17, près de la moitié de l’armée suédoise va être mobilisée aux côtés de soldats américains, français, danois, estoniens, lituaniens et finlandais. Aviation et marine seront sollicitées lors d’une attaque fictive de Stockholm et de l’île de Gotland, avec la participation d’une unité blindée américaine. Pour le général Micael Byden, commandant suprême des forces armées suédoises, un exercice militaire efficace doit être avant tout «crédible et visible». Un objectif d’ores et déjà atteint: au total, ce sont 20 000 hommes et femmes qui simuleront «l’attaque de la Suède par un pays fictif, venue de l’Est», soit les manœuvres les plus importantes jamais organisées en Suède depuis vingt-trois ans.

Pour Niklas Granholm, directeur d’études à l’Agence de recherche suédoise sur la défense (FOI), ce déploiement de forces marque surtout un changement complet de stratégie militaire face à la menace russe. Car ce «pays fictif», que la diplomatie interdit de nommer, n’est un secret pour personne. «L’optimisme qui a suivi la fin de la Guerre froide, dans les années 1990, n’est plus de mise, explique-t-il. Le climat a commencé à changer en 2008 avec la guerre entre la Russie et la Géorgie, mais le point crucial a été l’annexion de la Crimée en 2014, puis l’implication de Moscou dans le conflit ukrainien.»

Une sous-marin près de la capitale

Un expansionnisme dont la Suède affirme subir déjà les conséquences. L’intensification de l’activité militaire russe dans la Baltique a entraîné des violations répétées de son espace aérien et de ses eaux territoriales, comme à l’automne 2014, quand un sous-marin dont l’origine n’a jamais été identifiée est entré dans l’archipel de Stockholm. La presse locale publie régulièrement des articles alarmants sur l’augmentation du stock d’armes nucléaires russes, alors que Vladimir Poutine promet déjà qu’il réagirait à une adhésion de la Suède à l’OTAN.

En 2013, le général Sverker Göranson, alors chef d’état-major, avait affirmé que le royaume scandinave – qui ne comptait plus que 150 avions de combat (contre 400 dans les années 1990) et 7 bataillons (contre 116) – ne tiendrait pas plus d’une semaine en cas «d’attaque limitée» de son territoire. Deux ans plus tard, la Suède décidait pour la première fois depuis vingt ans une augmentation de son budget de la défense, qui s’élève aujourd’hui à 50 milliards de couronnes (6 milliards de francs). En 2015, cent cinquante soldats étaient déployés sur l’île de Gotland, au centre de la mer Baltique, bastion stratégique situé face aux Etats baltes. Le service militaire, suspendu en 2010, vient aussi d’être rétabli. Pour financer toutes ces mesures, et réarmer la Suède, le gouvernement social-démocrate de Stefan Löfven a annoncé le 16 août dernier une rallonge budgétaire de près de 8 milliards de couronnes (près d’un milliard de francs) pour la période 2018-2020. «Cet argent supplémentaire envoie un signal important au monde qui nous entoure et il est bon pour la Suède», a commenté Peter Hultqvist, le ministre de la Défense.

La peur de quitter «une longue période de paix»

Un changement de politique qui n’a pas laissé le Kremlin sans réaction. A partir du 14 septembre, Moscou commencera ses propres manœuvres militaires, baptisées Zapad 17, avec 13 000 soldats russes et biélorusses. Pour Sputnik News, le site d’information du gouvernement russe, l’exercice Aurora 17 est le signe de «la paranoïa anti-russe» régnant en Suède. Des critiques relayées aussi par quelques voix au sein du royaume scandinave, qui n’a pas connu la guerre sur son territoire depuis plus de deux siècles. Des manifestations ont été organisées dans quelques villes. Des pages Facebook Stoppa Aurora ont été ouvertes. «Nous sommes inquiets de pouvoir perdre une longue période de paix, explique Åke Johansson, porte-parole d’un collectif de gauche, et de voir notre pays dépendre de plus en plus des Etats-Unis.»

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