Scandinavie

En Suède, un accord historique contre l’extrême droite

La droite et la gauche ont signé un pacte de non-agression jusqu’en 2022 destiné à neutraliser les populistes. Le premier ministre Stefan Löfven a ainsi pu annuler les élections législatives extraordinaires prévues le 22 mars 2015

Un accord historique en Suède

Scandinavie Pacte de non-agression pour neutraliser l’extrême droite

La Suède a sans doute évité de s’enfoncer dans une impasse politique. Samedi, le premier ministre social-démocrate, Stefan Löfven, a annoncé l’annulation des élections législatives extraordinaires du 22 mars 2015, ainsi qu’un accord qualifié d’historique avec l’opposition de droite, qui devrait permettre à un gouvernement minoritaire de gérer le pays de façon stable, une solution dont le principal objectif est d’annihiler le pouvoir de nuisance parlementaire de l’extrême droite (les Démocrates de Suède, SD).

Baptisé «accord de décembre», cet arrangement entrera en vigueur lors du collectif budgétaire de printemps. Il s’étendra sur deux législatures, c’est-à-dire jusqu’en 2022, au terme de la législature actuelle puis de celle qui démarrera en 2018. Il comporte trois points: le candidat au poste de premier ministre (la plus haute fonction politique en Suède) de la principale coalition de partis obtient le poste. Les partis d’opposition signataires de l’accord s’engagent à voter blanc. Un gouvernement minoritaire doit être en mesure d’appliquer son budget et les partis d’opposition signataires s’engagent, là encore, à ne pas le mettre en minorité lors du vote du budget. Enfin, trois domaines de coopération au-delà des blocs sont mis en avant: la défense, l’énergie et les retraites.

En pratique, l’opposition signataire de l’accord renonce à exercer son rôle sur le budget – elle devra s’abstenir sur son contenu – et autolimite son pouvoir de rejeter les propositions du gouvernement uniquement aux questions hors budget.

Cet accord, qui n’est pas sans poser problème d’un point de vue démocratique selon certains, est le fruit de la situation chaotique née au lendemain du scrutin législatif de septembre. Après huit ans de pouvoir d’une alliance composée de quatre partis de droite et de centre droit, une nouvelle coalition gouvernementale formée des sociaux-démocrates et des Verts est entrée en fonction. Mais même avec le soutien au parlement du Parti de gauche, celle-ci demeure très minoritaire (43,6%), avec une extrême droite à 12,9% en position de faiseur de roi.

Politique d’immigration

Stefan Löfven, le nouveau premier ministre social-démocrate, avait, dès le soir des élections, tendu la main aux partis de droite pour négocier une politique au-delà des blocs et ne pas se retrouver otage des SD, mais la droite avait refusé. Début décembre, l’opposition de droite avait, comme c’est la tradition en Suède, présenté un budget alternatif. Or, celui-ci avait reçu le soutien des SD, déterminés à punir le gouvernement, qui refusait de restreindre drastiquement la politique d’immigration. Mis en minorité, le premier ministre avait alors convoqué des élections extraordinaires pour le 22 mars 2015. Mais tout porte à croire que le résultat de ce nouveau scrutin n’aurait pas fait bouger les lignes.

Frustrés d’être privés de cette élection qu’ils comptaient transformer en référendum sur l’immigration, les membres du parti SD appellent à un vote de défiance en janvier contre Stefan Löfven. Nul doute qu’ils ne recueilleront pas de majorité, mais il s’agit pour les SD de faire éclater, aux yeux de l’opinion, la connivence entre droite et gauche. Les SD se présentent désormais comme le seul parti d’opposition. Certains, à droite, sont de cet avis. Ulf Adelsohn, un ancien président du Parti conservateur, a parlé de «capitulation sans condition» face à la gauche, évoquant un fiasco et une trahison. Pour d’autres, cet accord va augmenter la défiance des Suédois envers la politique et faire le jeu de l’extrême droite, alors que la moitié des électeurs de l’alliance de droite se disaient favorables à une collaboration avec les SD au lendemain des élections.

Cet accord de décembre fait un constat: l’extrême droite est au parlement pour y rester et les responsables des partis politiques de gauche et de droite, contre l’avis d’une partie de leur base pour ces derniers, sont déterminés à ne pas lui céder un pouce d’influence, à l’inverse de ce qui a eu lieu dans les pays voisins: au Danemark, le Parti du peuple danois a conclu, entre 2001 et 2011, un accord parlementaire avec la coalition gouvernementale minoritaire libérale-conservatrice, tandis qu’en Norvège le Parti du progrès, populiste de droite et anti-immigrés, siège depuis 2013 au gouvernement avec le Parti conservateur.

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