La justice tunisienne a lancé des poursuites contre le président déchu, réfugié en Arabie saoudite, ainsi que contre son épouse Leïla Trabelsi, a annoncé mercredi le ministre de la Justice Lazhar Karoui Chebbi. L’ancien président et son épouse sont poursuivis pour «acquisition illégale de biens mobiliers et immobiliers» et «transferts illicites de devises à l’étranger», a précisé le ministre, au cours d’une conférence de presse.

Le président Ben Ali a fui le 14 janvier la Tunisie, sous la pression d’une révolte populaire sans précédent, et a trouvé refuge en Arabie saoudite. Son épouse Leïla, honnie par la population pour avoir mis le pays en coupe réglée, a également quitté le pays, à une date et pour une destination inconnues.

De son côté, la Suisse annonce avoir bloqué plusieurs dizaines de millions de francs appartenant à l’entourage du président déchu. Pas question néanmoins de dévoiler des chiffres précis, puisque le processus est encore en cours, selon le vice-chancelier de la Confédération, André Simonazzi. La Tunisie a déposé mardi une demande d’entraide judiciaire concernant ces biens.

Micheline Calmy-Rey a informé mercredi le Conseil fédéral des derniers développements après la décision, prise la semaine dernière, de geler les avoirs de Ben Ali et d’une quarantaine de ses proches. Pas question de dévoiler des chiffres précis pour l’heure, puisque la situation évolue de jour en jour, selon le porte-parole du gouvernement André Simonazzi.

«Les sommes sont importantes mais pas de l’ordre de ce que l’on a pu craindre», a-t-il affirmé. La présidente de la Confédération avait cité la semaine dernière une statistique de la Banque nationale pour 2009 faisant état du dépôt de 621 millions d’origine tunisienne en Suisse. «On ne sait pas à qui ces sommes appartiennent», avait précisé Mme Calmy-Rey.

La Suisse garde aussi un avion appartenant au clan Ben Ali bloqué à Genève. Des éclaircissements sont en cours à ce sujet, d’après le vice-chancelier de la Confédération. La justice genevoise examine s’il y a lieu de procéder à la saisie de cet appareil, qui semble appartenir à un gendre de l’ex-président.

Les registres fonciers ont été appelés à identifier d’éventuels immeubles appartenant aux personnes inscrites dans l’annexe à l’ordonnance instituant le blocage de fonds tunisiens. Certains médias ont fait état de biens immobiliers dans les cantons de Genève et de Fribourg. Mais jusqu’ici, aucun immeuble n’a été annoncé, a relaté M. Simonazzi.

Quant aux «prétendues erreurs» de la liste des personnes frappées par les sanctions, deux imprécisions ont été signalées au Département fédéral des affaires étrangères, selon lui. Certaines personnes ont aussi demandé à être retirées de la liste. Ces cas sont à l’examen.

«L’annexe est d’ailleurs susceptible d’être régulièrement mise à jour», a précisé M. Simonazzi. L’ordonnance porte sur une quarantaine de noms de personnes physiques et d’entreprises liées au président déchu, notamment des membres des familles Ben Ali, Trabelsi (famille de Leïla Trabelsi, l’épouse de l’ex-président), el-Materi, Mabrouk, Chiboub, Abdallah, Jilani et Guiga.