Ils sont des millions, voire des dizaines de millions. Et tout indique que leur nombre ne cessera de croître, année après année, en raison des bouleversements climatiques qui affectent la planète. Pourtant, les populations contraintes de traverser les frontières pour fuir les conséquences des catastrophes naturelles n’ont, à proprement parler, aucun statut à même de leur garantir une protection. Des réfugiés? Ils ne subissent a priori aucune persécution dans leur pays d’origine et se trouvent donc à l’extérieur du parapluie déployé par la Convention relative au statut de réfugié. Des migrants économiques? Ils ne le sont pas davantage, stricto sensu. «Ces gens cherchent une protection et non un emploi», résume le juriste suisse Walter Kälin, ancien rapporteur spécial de l’ONU sur les personnes déplacées.

Main dans la main, la Suisse et la Norvège ont annoncé mardi le lancement d’un ambitieux programme en faveur de ces populations. Nommée «Initiative Nansen», en hommage au Norvégien Fridtjof Nansen, le premier haut-commissaire pour les réfugiés à la Société des Nations, le projet entend avant tout insister sur la coopération internationale afin de faire face à l’impact de catastrophes appelées à se multiplier.

«A vrai dire, nous sommes au tout début du processus, reconnaissait l’ambassadeur de Norvège Steffen Kongstad. Nous n’avons pas de réponses toutes faites, mais plutôt des questions pertinentes à formuler.»

Au nombre de ces questions, énumérées par Walter Kälin: ces populations disposent-elles, malgré tout, du droit d’être admises dans un pays hôte? Quand doivent-elles entreprendre leur retour? Comment assurer une meilleure entente à leur propos entre les Etats? Ou encore, quelles pistes explorer pour que se dégagent des solutions durables?

L’année dernière, le haut-commissaire pour les réfugiés, Antonio Guterres, avait souligné la nécessité de mettre en place un programme «massif» d’aide pour accompagner les conséquences du changement climatique sur les déplacements de populations.

La question du réchauffement climatique reste toutefois suffisamment controversée pour rendre illusoire, dans l’immédiat, la perspective d’une nouvelle convention en faveur de ces «réfugiés du climat», comme ils sont parfois appelés, même si les responsables rejettent cette dénomination.

Faute de texte international, Berne et Oslo peuvent-ils espérer tout au plus que les Etats se montrent suffisamment sensibilisés par la question pour modifier leur législation nationale. Dans un premier temps, il s’agira surtout «de cerner les défis majeurs et les pratiques qui existent déjà sur le terrain», souligne Walter Kälin.

La Suisse et la Norvège se sont engagées chacune à verser 1,8 million de francs pour ces trois prochaines années en faveur de l’Initiative Nansen, qui établira son secrétariat à Genève. «L’accueil est très encourageant», assurait Manuel Bessler, délégué du Conseil fédéral à l’aide humanitaire, en faisant notamment référence à la promesse de l’Union européenne de participer financièrement au projet.

Pour la Confédération, ce projet s’inscrit en outre en droite ligne avec la possible installation à Genève du siège du Fonds vert pour le climat, un organisme qui visera à aider les pays du Sud à affronter les conséquences des changements climatiques.

La Croix-Verte internationale a exprimé hier son soutien à la candidature de Genève pour accueillir le siège du Fonds vert pour le climat. (LT)

«Ces gens cherchent une protection et non un emploi», résume le juriste suisse Walter Kälin