La Suisse a ajouté mercredi sa voix à celles de 69 autres pays pour imposer à l'Assemblée générale des Nations unies une résolution qui condamne les violations des droits de l'homme en Iran et le refus de Téhéran de coopérer.

Le texte avait été proposé par le Canada, et la représentante iranienne a répliqué en demandant à l'organisation de s'occuper sérieusement «de la violation des droits de citoyens canadiens». La République islamique l'exige aussi dans une résolution de contre-attaque. Ces échanges inamicaux avaient lieu devant la 3e Commission, autrement dit la forme que prend l'Assemblée quand elle traite des questions humanitaires. De quoi faire bâiller le lointain citoyen d'un nouveau pays membre? L'épisode avait en fait un autre intérêt pour la Suisse. L'ambassadeur Peter Maurer est intervenu pour expliquer son vote, en fait pour parler du Conseil des droits de l'homme et de la manière dont la Suisse aimerait améliorer son fonctionnement.

Le premier rapport d'activité du nouveau Conseil établi à Genève a été présenté à l'Assemblée générale. Il a été accueilli, aux Etats-Unis, par une volée de bois vert. L'administration Bush, l'ambassadeur John Bolton ont dit leur déception. Tous les grands journaux ont fustigé le Conseil, pire que la Commission des droits de l'homme qu'il a remplacé. L'argument est toujours le même: la nouvelle institution, encore plus que l'ancienne, passe son temps à condamner Israël, alors qu'elle ne trouve strictement rien à dire sur ce qui se passe au Soudan.

Les Suisses savent bien que les Américains ont raison dans leur critique, mais ils entendent aussi ce que disent les pays musulmans et du sud: Israël n'est jamais condamné au Conseil de sécurité parce que les Etats-Unis le protègent de leur veto. «Le malheur, dit Peter Maurer, c'est que le conflit du Proche-Orient s'est exacerbé (Gaza, Liban) au moment où le Conseil de Genève commençait ses travaux.»

Le souci de la Suisse n'est cependant pas d'établir les raisons et les torts dans cette querelle sans fin. Elle aimerait que le Conseil fonctionne, concrètement. Pourquoi a-t-elle alors voté en faveur d'un texte - un de plus - qui critique l'Iran? Parce que les résolutions ou les rapports qui traitent d'un pays sont un outil utile de l'action en faveur des droits de l'homme. Mais ces textes doivent être jugés sur leurs mérites, et non pas en fonction d'alliances ou d'opportunités politiques. C'était, pour Peter Maurer, une manière de désavouer les Etats qui, ces jours, tentent d'enterrer définitivement cette procédure que ses critiques appellent name and shame (nommer et faire honte). Ils le font déjà par des astuces de procédure, en faisant voter des motions de non-entrée en matière (non-action): c'est ce que l'Ouzbékistan vient de réussir, mais pas l'Iran.

Les résolutions ne devraient pas être des armes de combat politique, pense Peter Maurer. Elles peuvent l'être cependant - elles sont parfois adoptées par consensus, permettant d'établir sur les droits de l'homme des coopérations avec des pays qui les attendent ou en ont besoin pour développer, pratiquement, des protections.

L'actualité la plus chaude, au Népal, fournit un bon exemple de ce qu'entend la Suisse. Dix ans de guerre civile ont pris fin, et les Nations unies ont pu jouer dans cette pacification un rôle efficace. Une résolution sur les violations des droits de l'homme a été discutée, jamais votée, mais elle a ouvert avec Katmandou une discussion qui va permettre à l'ONU de superviser le désarmement des combattants, des élections et la rédaction d'une Constitution. La Suisse, pour laquelle le Népal est un pays de concentration de la DDC, est très impliquée dans ce processus, et elle a sur place un conseiller spécial pour la consolidation de la paix. C'est cette action concrète qu'elle aimerait voit sortir du Conseil de Genève.