L’une est en paix depuis un siècle et demi et l’autre est actuellement en guerre. Pourtant, la Suisse dépense autant pour sa défense que l’Ukraine, en proie à un conflit dans l’est du pays qui a fait 13 000 morts depuis cinq ans. Le budget militaire de l’Ukraine a toutefois augmenté de 53% depuis le début de la guerre avec les séparatistes de l’est du pays soutenus par Moscou. A ce rythme, l’Ukraine devrait avoir rapidement dépassé la Suisse. Ces données viennent du Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), qui a publié lundi son rapport sur les dépenses militaires mondiales.

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En 2018, la Suisse a dépensé 4,8 milliards de dollars pour sa défense. Selon le SIPRI, le budget militaire helvétique a augmenté de 6,3% par rapport à l’année 2017. Il représente 0,7% du produit intérieur brut. La Suisse figure au trente-huitième rang des pays les plus militarisés. Elle est toutefois moins dépensière que la Belgique (5 milliards), la Suède (5,8 milliards), la Norvège (7,1 milliards) ou les Pays-Bas (11,2 milliards). Elle arrive loin derrière les principales puissances du continent, comme l’Allemagne (49,5 milliards), le Royaume-Uni (50 milliards) et la France (63,8 milliards), respectivement au huitième, septième et cinquième rang.

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Les Etats-Unis et le reste du monde

Le classement est toujours dominé par les Etats-Unis, de loin la première puissance militaire mondiale. Les dépenses américaines ont augmenté pour la première fois depuis 2010 pour atteindre 649 milliards de dollars en 2018, une hausse due aux nouveaux programmes d’armement voulus par Donald Trump.

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Par ailleurs, les remontrances du président américain à l’égard de ses alliés européens accusés de profiter de la protection de Washington semblent avoir produit des effets: l’Europe occidentale a légèrement augmenté (1,4%) ses dépenses militaires. La hausse en Europe centrale et orientale est un peu plus affirmée (1,8%), principalement en raison du «sentiment grandissant d’une menace russe», estiment les chercheurs du SIPRI.

En l’occurrence, la Russie a déboursé moins d’argent qu’en 2017 pour ses forces armées. Moscou reste toutefois le sixième pays le plus dépensier avec 61,4 milliards de dollars, derrière la France, l’Inde, l’Arabie saoudite, la Chine et les Etats-Unis. «En 2018, les Etats-Unis et la Chine concentrent la moitié des dépenses militaires mondiales», explique le Dr Nan Tian, chercheur pour le programme «armes et dépenses militaires» du SIPRI. La Chine a augmenté ses dépenses militaires sans discontinuer depuis vingt-quatre ans. Celles-ci se montent désormais à 250 milliards de dollars.

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Exception africaine

Le total des dépenses militaires mondiales s’élève à 1822 milliards de dollars. Ce montant a augmenté pour la seconde année consécutive, atteignant son plus haut niveau depuis 1988, date à laquelle le SIPRI a pu commencer à collecter des données cohérentes. A titre de comparaison, les dépenses militaires mondiales sont aujourd’hui 76% plus importantes qu’en 1998, l’année où les Etats ont le moins investi dans leur défense. Six des dix pays pour lesquels le fardeau des dépenses militaires sur la richesse nationale (en PIB) est le plus lourd se trouvent au Moyen-Orient: il s’agit de l’Arabie saoudite (8,8% du PIB), d’Oman (8,2%), du Koweït (5,1%), du Liban (5,0%), de la Jordanie (4,7%) et d’Israël (4,3%). Mais le SIPRI avoue manquer de données pour d’autres pays de cette région troublée, comme les Emirats arabes unis, le Qatar, la Syrie ou le Yémen.

A noter que les dépenses militaires reculent sur le continent africain, malgré la persistance de nombreux conflits. C’est la quatrième baisse consécutive après un pic dépensier survenu en 2014. L’Algérie, l’Angola mais aussi le Soudan ont significativement coupé dans leur budget militaire. Cette diminution s’explique par la baisse du cours du pétrole et, s’agissant du Soudan, par l’instabilité politique qui paralyse le pays.