urbanisme

Le Suisse derrière le pont de tous les records

Jean-François Klein co-dirige T Ingénierie à Genève. Il est l’un des deux concepteurs du pont Yavuz Sultan Selim en Turquie, qui a nécessité des prouesses technologiques

La foule et les officiels ont acclamé vendredi après-midi l’inauguration du pont Yavuz Sultan Selim, le troisième pont du Bosphore, qui permet de relier l’Europe à l’Asie, et celui qui a constitué la plus grande prouesse technologique. Or l’un des deux concepteurs de l’ouvrage est suisse: Jean-François Klein co-dirige T Ingénierie à Genève. Il dit ne pas aimer les records mais consent qu’avec ce projet il a dû relever quelques défis de taille.

Associé au Français Michel Virlogeux, ingénieur comme lui, il a conçu et suivi la construction de a à z. Joint par téléphone alors qu’il attendait sur le pont le coup d’envoi des cérémonies et notamment l’arrivée du président turc Recep Tayyip Erdogan, Jean-François Klein explique en quoi le nouvel édifice de la banlieue d’Istanbul est si particulier.

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Le Temps: Des pylônes de 322 mètres de haut, les plus hauts du monde, un tablier de 55,5 mètres de large… Est-ce le pont de tous les records?

Jean-François Klein: Je n’aime pas en parler ainsi. Mais des défis qu’il a représentés, le plus spectaculaire c’est la longueur de la travée centrale, 1408 mètres. De loin la plus grande pour un pont à haubans avec routes et voies ferrées. La difficulté, c’est qu’un pont à haubans traditionnel doit pouvoir se déformer sous la charge. Mais un train le déformerait tant que la locomotive aurait du mal à remonter la pente. Nous avons créé un ouvrage hybride – haubans et suspendu – rigide et souple.

– Il y a trois ans, il n’y avait rien. Aujourd’hui c’est terminé. La réalisation s’est-elle faite au pas de charge?

– 4 ans seulement séparent les premiers traits de crayon et l’achèvement. Quand on m’a donné les délais et demandé si je pouvais les tenir, j’ai répondu que cela serait très difficile. Hier, on a terminé avec les finitions. Il y a un mois, on achevait les grandes structures. De notre côté, nous avions une centaine de collaborateurs dispersés à travers le monde qui ont planché sur le projet.

– Cela aurait-il été possible dans l’Union européenne ou en Suisse?

– Certainement pas. Chez nous, à partir du projet, les discussions commencent et elles durent des mois plutôt des années. Sans parler des décisions politiques qui doivent être validées et qui prennent du temps. Nous n’avons fait face à aucun de ces obstacles. Le président Recep Tayyip Erdogan avait arrêté sa décision. Dès lors, une dynamique formidable s’est mise en place: travail 7 jours sur 7, 24 heures sur 24.

– Peut-on dire que c’est le projet du président?

– Il s’est engagé à fond. Il est venu à intervalles réguliers, presque tous les deux mois. Il a fait sa campagne sur ce projet, qu’on voit sur des affiches dans son dos. Il s’agit d’une réalisation phare pour la Turquie et d’un symbole très positif qui allie prouesses technologiques, rapidité, modernité, lien avec l’Europe.

– Va-t-il vous serrer la main?

– (Il rit) Non, je ne suis pas turc. Par ailleurs, les ingénieurs ou les concepteurs ne sont jamais remerciés. Et d’autant moins par les politiciens. Mais je n’ai pas d’attentes dans ce sens.

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