Manuel Bessler, délégué à l’aide humanitaire et chef du Corps suisse d’aide humanitaire, était cette semaine en Syrie. Il y a rencontré notamment une vieille connaissance, le «numéro deux» des Affaires étrangères syrien, Faisal Mekdad, avec qui l’ambassadeur s’est déjà entretenu au moins à sept reprises ces trois dernières années.

L’objectif de ces rencontres? Explorer la possibilité d’ouvrir un bureau de liaison humanitaire à Damas, une perspective qui a été longtemps démentie à Berne mais qui ressurgit à intervalles réguliers. Rendant compte de la rencontre de cette semaine, le journal syrien pro-gouvernemental Al-Baath faisait dire à Manuel Bessler: «Nous allons ouvrir très prochainement à Damas un bureau de la Direction du développement et de la coopération (DDC)».

A Berne, le Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE) confirme que cette question a bien été évoquée. «La décision finale d’ouvrir un tel bureau sera prise par le chef du DFAE, le conseiller fédéral Didier Burkhalter», a néanmoins fait savoir au Temps un porte-parole du Département.

Ambassade fermée en 2012

A l’instar des autres pays occidentaux, la Suisse avait rapatrié son ambassadeur en Syrie, avant de fermer son ambassade au début de l’année 2012. Cependant, Berne a admis, au début de l’année dernière, l’existence de rencontres tripartites entre des représentants iraniens, syriens et suisses. Ces conversations, qui se déroulent alternativement à Téhéran, Damas ou Genève, ont débuté à l’initiative de diplomates iraniens, dont le pays est l’un des principaux alliés de la Syrie de Bachar el-Assad.

Jusqu’ici, ces rencontres n’avaient débouché sur aucun accord concret. Mais Le Temps a appris que la possible ouverture d’une représentation humanitaire suisse à Damas est une question qui a été souvent mise sur la table par les interlocuteurs syriens dont le régime est, depuis le début de la guerre, mis au ban d’une bonne partie de la communauté internationale et recherche une plus grande légitimité.

Débats au sein même du DFAE

Cette question a provoqué, par le passé, de vifs débats au sein du DFAE. A plusieurs reprises, Berne l’a toutefois contesté, en niant l’ensemble de manière catégorique. «Cette question ne se pose actuellement pas pour le DFAE», assurait-on à ce journal de manière répétée.

Certaines ONG, actives en matière de défense des droits de l’homme, craignent qu’un éventuel rapprochement de Berne avec Damas, même limité au seul domaine de l’humanitaire, puisse mettre en danger le rôle très déterminé que joue la diplomatie suisse au sein de l’ONU, afin que les crimes commis en Syrie soient amenés, à terme, devant la justice internationale.

«La Suisse a besoin d’un bureau humanitaire à Damas»

Mais d’autres organisations plaident en faveur d’une plus grande présence de la Suisse en Syrie. «La Suisse a besoin d’un bureau humanitaire à Damas», affirmait Caritas Suisse dans un communiqué publié en mai de l’année dernière.

Semaine après semaine, au Palais des Nations de Genève, les responsables de l’ONU détaillent les difficultés, voire l’impossibilité, de délivrer de l’aide humanitaire à des centaines de milliers de personnes situées dans les régions de Syrie contrôlées par l’opposition, en raison des obstacles administratifs incessants placés par les autorités de Damas.