Europe

La Suisse, exemple repoussoir pour les opposants au Brexit

David Cameron et les partisans du maintien du Royaume-Uni dans l’UE utilisent la Suisse et la Norvège comme les exemples à ne pas suivre

Dans le débat sur le Brexit qui secoue actuellement le Royaume-Uni, deux nations sont régulièrement mentionnées: la Norvège et la Suisse. Mais elles sont utilisées par les partisans du maintien dans l’Union Européenne (UE) comme des repoussoirs. D’après eux, voilà des pays qui seraient obligés d’obéir aux règles européennes, d’accepter l’immigration et le coût de la régulation, sans avoir aucune influence à la table des négociations.

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«Ces pays sont nos amis mais ils sont différents, lançait le premier ministre britannique David Cameron lors d’un grand discours en novembre 2015. La Suisse a dû négocier son propre accès au marché unique, secteur par secteur. La Norvège fait partie du marché unique mais n’a pas d’influence sur la mise en place de ses règles. Elle doit simplement appliquer les directives: 10 000 règles et directives depuis vingt ans.»

Lundi, face à la chambre des communes, il a repris la même rhétorique. «Si nous quittons l’UE mais finissons avec un accord nous donnant un accès complet au marché unique – comme la Norvège – nous devrons continuer à appliquer les règlements de l’UE quand nous vendrons nos produits en Europe. Comme le disait l’ancien porte-parole du parti conservateur norvégien, Nikolai Astrup: «si vous voulez diriger l’Europe, vous devez être en Europe. Si vous voulez être dirigé par l’Europe, vous êtes libres de joindre la Norvège dans l’Espace économique européen (EEE).» Le cas suisse bien que différent, puisque le pays a rejeté l’adhésion à l’EEE en 1992, revient de même comme un argument dissuasif.

L’exemple des banques helvétiques

Le cas des banques helvétiques est régulièrement présenté comme un exemple à ne pas suivre. Celles-ci ne bénéficient pas du système européen de passeport, qui permet de vendre les produits financiers à travers l’UE. Pour compenser, elles sont obligées d’installer une forte présence à la City, d’où elles peuvent ensuite exporter leurs produits. Mark Boleat, un représentant de la corporation de la City, rappelle régulièrement qu’UBS a 5000 employés à Londres.

Face à ces arguments, les partisans du Brexit («British exit») sont gênés. Pour des raisons politiques, il leur semble difficile de faire valoir que le rêve du grand large qu’ils font miroiter, appelant aux heures les plus glorieuses du Royaume-Uni, ressemblerait à la petite Suisse. Nigel Farage, le leader du parti anti-européen UKIP (United Kingdom Independence Party), n’a de cesse de rejeter la comparaison. «Les Norvégiens, les Suisses ou les Islandais sont heureux, mais je ne veux pas d’un accord (ndlr. de ce genre). […] Je crois en un accord britannique, qui convienne à notre pays.» Dan Hannan, un député européen conservateur, l’un des piliers du camp du Brexit, allait dans le même sens dans une récente tribune publiée sur Conservatives Home, un site de militants tories (conservateurs). «La Norvège a un meilleur accord que l’adhésion pleine (ndlr. à l’UE); l’accord de la Suisse est meilleur que celui de la Norvège; mais le Royaume-Uni, étant un marché plus grand, ainsi qu’un membre existant, peut espérer de meilleures conditions.»

Le déficit commercial du Royaume-Uni avec le reste de l’UE est paradoxalement cité comme une force. Les Vingt-Sept auraient trop à perdre à refuser un accord de libre-échange favorable à tous. Les usines automobiles de Mini, possédées par BMW, ou de Nissan, possédées par Renault, sont des intérêts économiques européens au Royaume-Uni.

Saut dans l’inconnu

Reste que ni Dan Hannan, ni Nigel Farage, ne définissent exactement en quoi consisterait un nouvel accord avec l’UE. Cette absence de détails est ce que David Cameron condamne comme étant «un saut dans l’inconnu».

Mardi, à une conférence sur l’Europe organisée à Londres par le National Institute of Economic and Social Research, Norman Lamont, un ancien chancelier de l’Echiquier eurosceptique – c’est lui qui a négocié l’exclusion du Royaume-Uni de la monnaie unique – était l’un des rares à défendre l’exemple helvétique. «Les Britanniques trouvent que c’est rabaissant de se comparer aux Suisses. Mais ces derniers ont un PIB par habitant bien supérieur au nôtre, leurs exportations par habitant sont supérieures…» Il rappelle aussi que les assureurs suisses ont acquis un accès partiel au passeport européen, contrairement aux banques.

Vince Cable, ancien ministre libéral-démocrate du Commerce durant la période la coalition avec David Cameron, rejetait pourtant son argument. «Les Britanniques se plaignent principalement de deux choses vis-à-vis de l’UE: le coût de l’adhésion et l’immigration. La Suisse et la Norvège se plaignent de la même chose. A quoi bon sortir si c’est pour retrouver les mêmes problèmes?»

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